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jeudi 19 juin 2025

Zombicide Green Horde

 Quête 8 : rassembler le troupeau

Après plusieurs jours d’errance le long de la frontière, la colonne de survivants fut contrainte d’abandonner Fort Gandalf (Cf. Quête 07). Bien que sûr, le lieu ne permettait aucune subsistance, et la famine emporta plusieurs civils. Poussés par la nécessité, les survivants prirent la route de l’ouest et atteignirent enfin les abords de la petite ville abandonnée d’Autun.


Ce qu’ils découvrirent dépassait leurs espérances : une ville désertée, mais dotée de chevaux de frise encore en état. Ces barrières à pointes offraient un avantage tactique crucial contre la horde peau-verte zombifiée qui les talonnait.

🎯 Objectif de la mission

  • Utiliser les chevaux de frise pour bloquer toutes les zones d'invasion rouge.
  • Nettoyer et sécuriser la zone autour du trébuchet, sans présence de zombies.

📜 Le plan du Baron Willemn

Toujours convalescent, mais lucide, le Baron Willemn élabora une stratégie simple : canaliser les zombies dans un couloir étroit grâce aux chevaux de frise, les empêchant de se disperser. Les créatures étant trop stupides pour franchir les barrières, elles seraient contraintes de les contourner… et de tomber dans le piège du trébuchet, récemment réarmé.

Le village d'Autun est désert mais dispose de ressources stratégiques intéressantes.


⚔️ Le déroulement de la mission

La mission fut confiée à Chloé la Naine, qui mena l’opération avec Scowl, Snarf, Sylvia, Jackalman et le mage Morgan accompagné de son familier.

La joyeuse bande de trompe-la-mort est en route

Le terrain jouait en faveur des survivants : étroit, cloisonné par les masures, et naturellement défendable. Les zones d’invasion furent rapidement identifiées et bloquées. La progression fut efficace, la fouille des bâtiments rapide. La mise en place des chevaux de frise fut un succès, et aucun zombie ne parvint à percer les défenses.

Les pions objectifs sont aisément récupérés par les survivants.

Mais la menace ne venait pas que des zombies. Les éclaireurs avaient vu juste : les rats, plus vicieux encore que les morts-vivants, franchirent sans peine les barrières et infiltrèrent les ruines.  (Le renfort des rats résulte de l'événement de campagne obtenu lors de la partie précédente)

Les rats sont de biens vilaines créatures quand elles sont infectées.

Ces ignobles rongeurs causèrent la perte de Jackalman, une ironie mordante pour cet homme-chacal renversé par des bêtes inférieures. Grièvement blessé, il fut tout de même évacué (Il s'agit là aussi d'une règle de campagne: un héros vaincu peu être secouru dans le tour ou le tour suivant avant de mourir)

Une tainted abomination fait son entrée.

Elle est rapidement rejointe par un nécromancien orque.

Jackalman est le premier à s'emparer d'un cheval de frise.

Et il stoppe opportunément la tainted abomination

La situation est sous contrôle et les zombies canalisés aisément.

Scowl traque et abat le nécromancien imprudemment avancé entre les haies.

Chloé et Snarf bloquent  l'une des voies d'accès des zombies juste à temps pour bloquer la Brother abomination.

Mais la zone de Spawn bleue est activité et les zombies affluent de rechef.

Jackalman et Snarf finissent par bloquer la seconde entrée. L'objectif 1 est atteint.

Hélas Jackalman est victime d'un assaut massif de rongeurs dissimulés dans la plus grande des masures.

Après avoir récupéré leur ami inconscient, Sylvia, Morgan et Scowl font le ménage et ouvrent la porte bleue.

Les derniers zombies agglutinés autour du trébuchet sont prestement éliminés. 

Le second objectif est atteint le tour suivant.

La mission est remplie: le tir aux pigeons, ou plutôt aux zombies, peut commencer.


🩸 Épilogue

La bataille d’Autun fut brève, presque trop calme (La partie a duré une petite heure). Les ruelles désertes et les maisons éventrées laissèrent croire à une victoire facile. Et, dans un sens, ce le fut. Les chevaux de frise furent installés sans encombre, les ruelles vidées de leurs morts-vivants, et le trébuchet fut positionné, prêt à faire pleuvoir le feu sur la horde.

Durant la bataille, Jackalman, trop confiant, fut surpris, submergé par des rats. Il se battit férocement, mais les morsures l’affaiblirent jusqu’à ce qu’il s’effondre, le corps lacéré, à moitié vidé de son sang. Il survécut – de justesse. Transporté à l’arrière, il fut confié aux soins de la guérisseuse. Il ne pourra reprendre les armes avant deux missions au moins. Son absence se fera sentir.

Une fois les rats dispersés et les défenses en place, la horde principale fut repoussée. Les zombies, incapables de franchir les obstacles dressés contre eux, reculèrent sous les ordres des nécromanciens, forts marris  face aux défenses mises en place par le Baron Willemn.

Mais la victoire fut amère. Aucune réserve de nourriture ne fut trouvée dans Autun. Et cette nuit-là, un autre civil mourut de faim, son regard vidé de toute lueur. Les vivants perdaient la guerre, lentement.

Et tandis que les survivants renforçaient le camp, un grondement se fit entendre dans la forêt proche. Les éclaireurs virent une silhouette massive passer entre les arbres : un Abominatroll, une abomination de chair et de magie noire, résultat des pires expériences nécromantiques. Le monstre rôdait désormais non loin, flairant le sang et la peur.

La prochaine bataille sera bien différente. Et la horde ne reculera peut être plus.


vendredi 2 mai 2025

L'appel de Cthulhu

Genus Loci 2

Episode précédent : Genus Loci 1

Scène 5 - Au sein de l’institution

Lundi 6 décembre — Intérieur de l’hôpital psychiatrique de Danvers

Dès qu’ils franchirent les lourdes portes, Charlotte Bouchard et Frère O’Malley furent frappés par un étrange contraste. Le vaste hall de l’hôpital était éclairé chaleureusement, du moins en apparence. Un grand sapin de Noël trônait dans un angle, décoré avec soin : boules rouges, guirlandes scintillantes, petites figurines en bois peint. Il était même surmonté d’une étoile dorée qui clignotait doucement. À quelques mètres de là, un piano droit, d’un noir brillant, attendait son pianiste près d’un fauteuil capitonné.

Mais l’ensemble ne rassurait pas. Tout sonnait faux.

Le parquet, trop propre, résonnait creux sous leurs pas. Le sapin sentait plus le plastique que la forêt, et ses lumières semblaient trop vives, comme si elles tentaient désespérément de chasser quelque chose. Le piano évoquait non pas un instrument de musique, mais un objet de cinéma, comme mis là pour une mise en scène.

« On dirait qu’ils fêtent Noël aussi… » souffla Charlotte, sans masquer son malaise.

Le sentiment d’être observés persistait. Pas par les caméras de sécurité — il n’y en avait pas — mais par le bâtiment lui-même. Chaque fenêtre grillagée évoquait un œil sans paupière, chaque lampe suspendue semblait vibrer comme une pupille dilatée. Les décorations de fête, loin d’apporter du réconfort, accentuaient cette sensation : le masque souriant d’un monstre.

L'infirmière postée à l'accueil n'est guère avenante.

Derrière le comptoir d’accueil, une infirmière en uniforme blanc les observait déjà, les lèvres pincées, l’attitude hostile. Lorsqu’elle se leva, Charlotte vit immédiatement la mutilation : la moitié de l’oreille gauche arrachée, comme si une mâchoire humaine ou animale s’y était attaquée avec une rage primitive. L’infirmière, impassible, ne tenta pas de le dissimuler. Elle demanda simplement, d’un ton sec :

« Nom de la patiente ? »
« Nadia Belluni. Nous venons la voir. »

Un silence. Un battement de cils. Puis elle hocha la tête, griffonna quelques mots sur un registre, et annonça :

« Le docteur Berger va vous recevoir. »

Elle se détourna aussitôt, les menant vers une aile latérale par un couloir où la lumière se faisait plus blafarde, plus clinique. Le sapin clignota une dernière fois derrière eux, comme pour les avaler du regard.

***

Scène 6 - Possession

Lundi 6 décembre — parc de l’hôpital

Alors que Charlotte et Frère O’Malley disparaissaient dans l’immense bâtiment de l’hôpital, Nora s’ébroua un instant, comme si l’air lui paraissait plus froid que quelques secondes plus tôt. Elle se retourna vers Alessandro et Emma, déjà en route vers le petit lac gelé et l’amphithéâtre adjacent. Ils semblaient attirés par quelque chose.

À peine avait elle fait trois pas qu’une force invisible la projeta violemment au sol. La neige amortit sa chute, mais la douleur fut bien réelle. Surprise, elle se redressa précipitamment, son manteau parsemé de givre. Elle balaya du regard l’espace derrière elle. Rien.

Personne, si ce n’est le mécanicien de tout à l’heure, toujours absorbé par l’ambulance, sans même avoir levé les yeux. Nora fronça les sourcils, frissonna malgré elle, puis se hâta vers ses compagnons.

Alessandro s’était assis nonchalamment sur un des gradins en pierre de l’amphithéâtre, allumant une cigarette, toujours en surveillance. Face à lui, Emma, debout au bord du lac, faisait lentement osciller un petit pendule en argent, le regard plongé dans les eaux d’un bleu gris métallique. Une brise glacée effleura les pins noirs qui bordaient la rive: un bruissement sinistre.

Alessandro s’interrogea un instant : d’où diable sortait-elle tous ces trucs ?

C’est à ce moment précis qu’une bourrasque violente se leva, soulevant la neige dans un tourbillon hurlant. La surface du lac, lisse comme un miroir jusqu’alors, ondula étrangement, comme si quelque chose, en dessous, avait bougé.

Emma chuta, d’abord à genoux, puis à quatre pattes, les doigts crispés dans la neige. Son pendule roula au sol, oublié. Alessandro, alerté, écrasa son mégot et se leva d’un bond. Il courut vers elle, Nora surgissant à sa suite, le visage fermé d’inquiétude. À mi-chemin, il vit l’impensable.

La peau d’Emma se fendait en lignes violettes, comme si des coutures invisibles craquaient de l’intérieur. Son bras gauche se tordit à l’envers, grotesque, désarticulé. Sa bouche s’ouvrit démesurément, et sa mâchoire se désarticulant comme celle d’un serpent. De sa gorge jaillit un grognement infâme, à mi-chemin entre le râle d’un noyé et le ricanement d’un dément.

Alessandro porta la main à son arme, mais resta figé, fasciné et terrifié à la fois. Emma, désormais méconnaissable, progressait à quatre pattes par saccades, comme tirée vers le lac par des fils invisibles. Puis elle parla, ou plutôt vomit des mots :

« Ils… m’ont… mâchée… »

Elle crache un liquide sombre et croupi :

« Vous sentez ? L’eau… dans les poumons… et leurs dents… »

Elle rit, un son affreux :

« Mais vous… vous allez nager avec moi. Là où Il attend. »

Elle pointe le lac d’un doigt aux articulations renversées. Alessandro bondit, l’attrapant par les épaules pour tenter de la plaquer au sol, luttant contre une force surnaturelle. À sa vive surprise, c’est elle qui le tirait vers l’eau, avec une force inhumaine.

Nora hésita, pétrifiée, puis se ressaisit, se jeta à son tour sur Emma. À deux, ils parvinrent à la retenir, à la détourner de la rive. La créature en elle se débattait avec une rage insensée, comme possédée par la volonté de quelque chose d’attentif… d’affamé.

Son visage se tordit dans un angle impossible, les yeux révulsés. Elle vomit une bile noire, mêlée de cheveux poisseux, et cracha une dent humaine, ensanglantée, en plein visage d’Alessandro. Ce fut la goutte de trop. Le soldat leva le poing et l’abattit violemment sur la tempe d’Emma, dans un cri de désespoir, non pour lui faire mal, mais pour l’arracher à ce qu’elle devenait.

Elle s’effondra, inconsciente.

Mais au moment même où elle sombrait, une décharge psychique d’une violence inouïe explosa dans l’air, projetant Nora et Alessandro à plusieurs mètres, comme balayés par une onde de choc invisible.

Puis… Le silence.

Un silence terrible, pesant. Seul le souffle du vent et le craquement de la glace en bordure du lac troublaient la scène. Ce fut alors que retentirent des sifflets stridents, perçant l’air gelé. Des gardiens arrivaient en courant, attirés par l’agitation.

***

Scène 7 - Entretien avec le docteur Berger

Lundi 6 décembre — Bureau du Dr. Berger

L’infirmière guida les Charlotte et Frère O’Malley jusqu’à la porte d’un grand bureau. Elle y toqua sèchement, et une voix forte, empreinte d’autorité, les invita à entrer.

Le Dr James Berger était un homme austère, au visage fermé, approchant la cinquantaine. Il portait une blouse blanche parfaitement repassée et tenait un porte-bloc contre sa hanche. Son bureau était spacieux, orné de nombreux diplômes encadrés, de placards débordant de dossiers et d’un tableau particulièrement dérangeant représentant saint Georges face au dragon. Mais dans cette version, c’était le dragon qui mutilait le saint, dont le cheval, éventré, gisait dans un coin de la toile. Le style flamand donnait à l’ensemble un aspect répugnant. 

Sur le mur opposé, on distinguait une photographie de presse encadrée : un Dr Berger plus jeune y serrait la main d’un homme plus âgé, souriant, portant des lunettes rondes, devant le bâtiment administratif de l’hôpital. En légende, on lisait : « Le Dr James Berger prend la suite du Dr William Shine à la tête de l’hôpital psychiatrique de Danvers. »

Lorsque Charlotte et Frère O’Malley évoquèrent Nadia Belluni, le directeur leur répondit d’un ton calme, presque paternel, ponctué de pauses mesurées et de détails techniques destinés à légitimer son discours.

« Mademoiselle Belluni présente un trouble dissociatif avec épisodes psychotiques. Un cas, disons… complexe. Elle s’est d’abord plainte d’insomnies, mais ses hallucinations ont rapidement pris le dessus.»

Il soupira avec affectation.

« Elle évoque des choses qui la suivent, qui lui parlent la nuit. Un tableau classique de psychose crépusculaire. »

Lorsque le prêtre lui demanda quels étaient précisément les symptômes, Berger feuilleta un dossier épais, griffonné en marge.

« Elle alterne des phases de lucidité – mais trompeuse – avec des accès de violence extrême. La semaine dernière, elle a arraché un lavabo en hurlant que des tentacules sortaient des murs. »

Il sortit alors quelques photos où l’on distinguait des dégâts impressionnants.

« Voyez ces blessures à ses poignets… auto-infligées, dit-elle, pour échapper à ses démons. »




Charlotte, visiblement troublée, rappela au médecin que Nadia était venue ici de son plein gré, et qu’elle souhaitait désormais sortir. Le directeur secoua doucement la tête.

« Hélas, son consentement initial a été invalidé par son état. »

Il ouvrit un code fédéral de santé publique à une page marquée.

« L’article L.3212-1 prévoit qu’un patient peut être retenu s’il représente un danger pour lui-même ou autrui. Hier, elle a tenté de poignarder un infirmier… Voulez-vous vraiment qu’elle sorte dans cet état ?»

Frère O’Malley insista sur le changement de ton entre les deux lettres reçues. Le médecin esquissa un sourire fatigué.

« La première a été écrite en plein délire paranoïde. La seconde, dictée à l’un de nos internes, reflète mieux son état stabilisé. » Il baissa légèrement les yeux. « Les malades mentaux rejettent parfois leurs proches. Ce n’est pas leur cœur qui parle… c’est la maladie. »

Charlotte, de plus en plus tendue, demanda sur quels droits exacts reposait cette rétention. Berger sortit alors un formulaire officiel.

« Une ordonnance de justice à la demande du médecin traitant, signée de ma main. Tout est en règle. »

Il se redressa lentement.

« Et si vous persistez dans vos insinuations, je me verrai contraint de signaler votre comportement au procureur. La justice comprend nos méthodes. »

Alors que le ton montait, Charlotte demanda, la voix serrée, s’il était au moins possible de la voir. Berger se tressaillit légèrement, croisa les bras, puis acquiesça.

« Je vous autorise un bref entretien, à condition qu’il se fasse sous escorte. Deux aides-soignants vont vous accompagner jusqu’à sa cellule. »

***

Scène 8 - Visite de Nadia

Lundi 6 décembre — Aile J de l’hôpital

Comme convenu deux aides-soignants revêches et peu bavards ouvrirent la marche, escortant Charlotte et Frère O’Malley à travers les couloirs sinueux du complexe. Ce dernier avait le sentiment que les deux hommes prenaient des chemins détournés afin de les empêcher de se souvenir du trajet. Ils traversèrent ainsi plusieurs services, chacun plus sombre que le précédent. À mesure qu’ils progressaient, la tension monta d’un cran. La lumière des néons bourdonnait faiblement, projetant une clarté pâle sur des murs où la peinture s’écaillait par plaques. Les patients, d’abord apathiques ou somnolents, semblaient devenir de plus en plus agités, leurs visages creusés par l’angoisse, leurs gestes brusques et erratiques.

Lorsqu’ils atteignirent enfin l’aile J, l’atmosphère se fit suffocante. Un brouhaha continu y régnait : des hurlements rauques, des sanglots secs, des éclats de rire incohérents résonnaient régulièrement, martelant les nerfs des deux visiteurs. L’odeur d’antiseptique saturait l’air, mais peinait à couvrir une puanteur plus organique, plus crue : urine, excréments, sueur acide, et quelque chose d’indéfinissable, de corrompu. Si la souffrance et le désespoir avaient une odeur, Charlotte était certaine que ce serait celle-là.


Ce qui frappa Charlotte, ce fut les mutilations des internés. Des doigts manquants. Des mains atrophiées. Parfois, des membres entiers absents, remplacés par des moignons bandés. La peau de nombreux pensionnaires portait les stigmates de blessures profondes : cicatrices ouvertes, balafres fraîches, chairs tuméfiées.

Frère O’Malley, observateur et silencieux, ne manqua pas de remarquer que ces marques n’étaient pas l’apanage des seuls patients. Les membres du personnel, eux aussi, semblaient porteurs de blessures étranges : une cicatrice ancienne dissimulée sous un col, un pansement mal fixé à la base du cou, des doigts raides comme si brisés puis mal ressoudés. Ces traces, mal dissimulées, formaient une toile de fond insidieuse.

Lorsque Charlotte s’approcha d’un patient resté immobile, elle crut d’abord qu’il dormait debout. Il portait une blouse d’hôpital bien trop grande, et ses yeux, d’un vide insondable, ne semblaient fixer aucun point précis. Pourtant, au moment où elle passait à sa hauteur, il tourna la tête vers elle et murmura d’une voix à peine audible:

« Je suis parti d’ici il y a trente ans… alors pourquoi suis-je encore là ? »

Elle s’arrêta net, le souffle coupé. Frère O’Malley s’interrompit à son tour. Mais déjà, l’homme n’était plus là. Plus une trace, ni sur les murs, ni au sol. L’espace où il se tenait quelques secondes plus tôt n’abritait qu’un mur froid et vide. Les aides-soignants, eux, poursuivirent leur marche sans un mot, comme s’ils n’avaient rien vu. Comme si cela arrivait… souvent. Charlotte échangea un regard inquiet avec le prêtre. L’aile J n’était pas seulement un lieu de souffrance ; elle était saturée de quelque chose de plus sombre, de plus ancien… Une folie rampante, comme l'écho d'un mal ancien.

Enfin, leurs guides s’arrêtèrent devant une lourde porte en métal percé d’un hublot à la vitre épaisse à sur laquelle ils donnèrent un coup de matraque qui résonna lugubrement. Un visage déformé par le verre apparut et un loquet joua. La porte s’ouvrit sur un vaste espace : le quartier des patients si dangereux qu’ils étaient mis à l’isolement.



A suivre …

lundi 28 avril 2025

L'appel de Cthulhu

Genius Loci

Prologue : sous la neige, les murmures

Arkham, Massachusetts —  1 Décembre 1927

La neige avait recouvert la ville d’un linceul silencieux.

Dans les rues désertées d’Arkham, seuls les grincements des arbres nus et les pas feutrés des rares passants osaient troubler la blancheur glacée. Charlotte Bouchard, emmitouflée dans un manteau de laine sombre, observait les flocons tomber avec une inquiétude contenue. De retour depuis peu d’une enquête éprouvante en Floride, elle espérait retrouver la quiétude de sa demeure, perchée sur les hauteurs gelées de Miskatonic Hill.

Mais le destin en avait décidé autrement.

Quelques jours après son retour, une lettre était arrivée, expédiée depuis Danvers. Froissée, mal fermée, griffonnée au crayon sur un papier à lettre banal — un message de détresse signé de la main tremblante de Nadia Belluni, son amie de toujours, célèbre romancière dont le dernier roman lui avait assuré un train de vie confortable. Mais une enquête sur l'histoire passé de la ville de Providence avait eu raison de son état mental.

« Danvers, le 26 novembre 1926
Ma chère Charlotte,
Tout recommence. Les visions, les murmures, l’ombre dans les couloirs… J’ai cru que ce serait un refuge, mais j’ai eu tort. Ils m’observent, ils lisent nos lettres, ils écoutent derrière les portes. Je ne peux plus dormir. Je ne peux plus penser. Cet endroit est mauvais. Quelque chose rôde ici, sous la pierre, derrière les murs. Et moi… je suis piégée.
Lorsque les phénomènes stellaires ont frappé cet été, tout m’est revenu avec une clarté effroyable. J’ai cru que la folie me reprenait, alors je suis venue ici, à l’Hôpital Psychiatrique de Danvers, pensant y trouver l’aide dont j’avais besoin. Mais j’ai commis une erreur terrible. Ils ne veulent pas me laisser partir. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis surveillée, épiée. Ce n’est pas un asile, c’est une prison.
J’ai dû supplier, ruser, pour faire passer cette lettre en secret. Ici, ils censurent tout. Je t’en prie, viens me chercher, avant qu’il ne soit trop tard. Mais surtout… ne viens pas seule. Ce serait une erreur fatale.
Que Dieu te protège, Nadia Belluni »

Le lendemain, un deuxième courrier. Impeccable, froid. Papier à en-tête de l’hôpital psychiatrique de Danvers. Texte dactylographié. Nadia y démentait tout ce qu’elle avait précédemment écrit. Elle affirmait aller bien. « Crise passagère », disait-elle. « Ne vous dérangez pas. »

Charlotte Bouchard
Mais Charlotte connaissait cette femme. Elle savait qu’elle ne tapait jamais ses lettres — par superstition ou par orgueil littéraire, elle écrivait toujours à la main, ou dictait à une dactylo. Ce changement de ton, de forme, et surtout l’absence de chaleur dans les mots, sonnait comme un avertissement déguisé.

Quelque chose se tramait à Danvers. Et Charlotte ne pouvait l’ignorer. Elle écrivit alors plusieurs lettres, chacune soigneusement rédigée à la lueur d’une lampe à huile, les mains tremblant autant de froid que d’angoisse. Il faisait toujours froid chez elle.

L’une fut envoyée à Nora Russo, détective privée à la réputation solide et au flair affûté, rencontrée quelques semaines plus tôt lors de l'affaire Hargroove.
Une autre prit la direction de Little Italie, à Alessandro Pietro, ancien soldat italien, vétéran désabusé mais loyal, croisé dans une situation qui avait failli coûter la vie à tous deux.
Une troisième, enfin, fut adressée à Frère Luke O'Malley, prêtre catholique irlandais, connu pour ses prêches contre le Mal et ses incursions audacieuses dans des domaines que même le Vatican ignorerait peut être.

La réponse de Frère O'Malley arriva quelques jours plus tard. L’écriture, ferme et inclinée, portait la détermination du vieil homme :

«New York, 4 décembre 1926 
Charlotte,
J’ai bien reçu votre lettre, cela m’a fait plaisir de recevoir de vos nouvelles, même si la presse vous avait un peu devancée. Je ne savais pas que Nadia était encore hospitalisée, j’espère que son état s’améliore. Après nos découvertes, j’ai du prendre du repos…
Le dispensaire me prend à présent beaucoup de temps, cependant dès que j’ai reçu le courrier je me suis organisé, bien sûr, pour venir vous aider. Je prendrai la route pour arriver chez vous dimanche en fin de journée, je dois juste m’enquérir d’une orpheline dont je vais avoir momentanément la charge. Nora Je ferai volontiers la connaissance de vos amis Nora et et Alessandro que je n’ai pas le plaisir de connaître.
Vu le ton de votre courrier, je vous recommande la prudence.
Je ne sais ce qui se présentera mais que Dieu vous garde. »

Ainsi allait entrer en scène Emma Clarence, artiste au regard trop lointain, aux mains tachées de peinture et d’encres noires, et à l’âme constamment tiraillée entre les mondes.

La neige continuait de tomber. Et quelque part, à l’est, l’hôpital de Danvers levait ses tours comme les doigts crochus d’un titan endormi.

Introduction

5 décembre 1927 – Demeure de Charlotte Bouchard, Arkham

Le froid mordait l’air du matin lorsqu’on entendit le crissement des pneus sur la neige gelée. Deux Ford-T, noires et râpeuses, remontèrent lentement l’allée du jardin endormi de Charlotte Bouchard. Sous les branches nues des érables givrés, les moteurs toussèrent avant de s’éteindre dans un soupir mécanique.

De la première descendit Frère Luke O’Malley, silhouette austère dans son costume noir impeccablement repassé, le col blanc de prêtre saillant. À ses côtés, une jeune femme au regard absent, presque égaré, observait les flocons tomber avec une fascination enfantine. Emma Clarence n’avait pas dit un mot depuis Boston.

De la seconde voiture surgit une tornade de lucidité glaciale : Nora Russo, trench coat gris, foulard épais, regard aiguisé comme une lame. Elle jeta un coup d’œil autour d’elle, comme si chaque recoin du jardin pouvait cacher un espion ou un mauvais présage.

Alessandro, vétéran de l'armée italienne
Une heure plus tard, le vrombissement d’un autocar venant de la gare fit lever quelques sourcils. Alessandro Pietro en descendit, drapé dans un long manteau sombre, usé par le temps, qui dissimulait à peine la teinte sable de sa vieille veste de soldat. Un long sac de cuir pendait à son épaule — lourd et rigide, il trahissait un contenu autrement plus inquiétant que des vêtements. Le fusil acheté à Tampa, sans doute.

Charlotte les accueillit avec un sourire sincère, mais un rien crispé. Elle savait à quoi elle les exposait — et qu’ils s’en souviendraient, pour le meilleur ou pour le pire.

Dans le salon chaleureux, la cheminée craquait doucement, faisant danser les ombres sur les murs tapissés d’ouvrages anciens. Les retrouvailles furent brèves, efficaces. On se serra la main, on échangea des regards lourds de sous-entendus. Emma s’était déjà éclipsée, furetant dans les pièces sans gêne, ouvrant tiroirs et vitrines, s’arrêtant sur une statuette précolombienne qu’elle fit sonner comme un jouet : un sifflet de la mort maya, que Charlotte récupéra sèchement avec un regard noir.

Mais l’attention se porta bien vite sur une feuille de journal laissée sur le guéridon du vestibule. La une de l’Arkham Journal, datée de quelques jours plus tôt, titrait :

"Un Trésor d’occultisme acquis par la bibliothèque d’Arkham"

Aucun mot sur Russo. Aucune mention de Pietro. Juste Charlotte, triomphante.
« Tiens donc, » lança Nora en haussant un sourcil. « L’héroïne fait sa pub ? »
« On dirait que certains aiment se faire oublier, et d’autres... briller, » grogna Alessandro en déposant son sac contre le mur.

Le repas qui suivit, fut savoureux Ce fut dans le salon, autour de quelques verres de cognac, que Charlotte partagea les lettres. L’authentique — griffonnée au crayon par Nadia Belluni, et la dactylographiée, glaciale et étrange. Les visages s’assombrirent.

Frère O’Malley murmura une prière pour l’âme perdue de Nadia. Il y voyait là un devoir de foi, une croisade contre l’obscur. Nora, quant à elle, reconnut entre les lignes certaines phrases évoquant un événement survenu à Wexton, quelques mois plus tôt. Alessandro, en silence, posa une main sur son sac. Il n’avait rien à dire — mais il venait. C’était suffisant. Emma, pendant ce temps, dessinait distraitement un visage sans yeux évoquant le sifflet maya.

Le départ fut fixé au lendemain matin, à l’aube. La route vers Danvers, deux heures à l’est, serait difficile sous la neige — mais probablement moins que ce qui les attendait derrière les murs de l’hôpital.

***

Scène 1 - Nuit agitée à Arkham

Nuit du 5 au 6 décembre — Demeure de Charlotte Bouchard, Arkham

La neige avait cessé de tomber sur Arkham, mais les bruits de la ville restaient étouffés sous son manteau pesant.. En fin de soirée, Charlotte proposa à chacun de passer la nuit chez elle, afin de partir tôt vers Danvers le lendemain. Elle avait prévu les choses avec méthode : Emma Clarence s’installa dans l’ancienne chambre de sa cousine, remplie de livres d’anthropologie et de croquis poussiéreux, tandis que Nora Russo prit ses quartiers dans la pièce attenante, minimaliste et froide mais confortable.

Frère O’Malley et Alessandro Pietro, quant à eux, installèrent leurs couvertures dans le salon, près de la cheminée dont les braises rougeoyaient encore. À mesure que les rires s’éteignaient et que le sommeil gagnait les plus terre-à-terre, le silence de la maison reprit ses droits.

Mais dans l’ombre, quelque chose d’autre veillait.

Tandis que la maisonnée glissait dans le repos, Frère O’Malley restait éveillé, assis en tailleur devant le feu mourant. Dès son arrivée, un malaise diffus l’avait oppressé — une impression de présence, une sensation de froid et d'ancienneté. Il ne pouvait l’ignorer.

Frère Luke O'Malley
À voix basse, il entama alors une cérémonie de purification, prières latines et versets murmurés, encens allumé à l’abri des regards. Il tenait dans la main une petite croix d’argent ternie, qu’il avait portée au front de possédés, naguère.

Mais ce qui se manifesta ne venait pas du Ciel.

Un frisson glacé traversa soudain la pièce. Les murs semblèrent se contracter. Les ombres ondulèrent comme prises dans un courant invisible. Puis, avec un fracas soudain, deux vitres du rez-de-chaussée explosèrent comme si une force invisible les avait percutées de l’extérieur. Le vent s’engouffra avec un hurlement, balayant les papiers et faisant claquer les portes.

La lumière sauta.

Les cris fusèrent à l’étage. Nora bondit hors de sa chambre, revolver à la main. Alessandro attrapa son sac d’un geste vif. Charlotte, haletante, descendit les escaliers avec une lampe-tempête. Emma… était introuvable.

La confusion régna quelques minutes.

Puis on retrouva Emma Clarence dans le cabinet de travail de Charlotte, les doigts noirs d’encre, fouillant les tiroirs, contemplant une statuette olmèque avec une fascination inquiétante.

« Tu n’as pas à fouiller chez moi, Emma. » grogna Charlotte.

Frère O’Malley, toujours assis, les yeux mi-clos, murmura :

« Il y a… quelque chose ici. Une empreinte ancienne. Quelque chose a marqué ces lieux. Je n’ai pas voulu déranger, seulement purifier. Mais… elle m’a vu. »

Charlotte éclata. Les nerfs à vif, elle accusa le prêtre d’avoir provoqué cet événement, d’avoir osé pratiquer un rituel occulte sans son autorisation. Les éclats de voix résonnèrent dans le hall. Alessandro et Nora restèrent en retrait, visiblement mal à l’aise. Ils n’avaient jamais vu Charlotte perdre ainsi son sang-froid. Finalement, Frère O’Malley, toujours calme malgré la tension, posa une main sur l’épaule d’Emma.
« Nous allons passer la nuit à l’hôtel. Nous reviendrons à l’aube pour le départ. Mais je ne saurais ignorer ce que j’ai ressenti ici… Il y a une mémoire ancienne, Charlotte. Quelque chose sommeille entre ces murs. »

La porte se referma doucement derrière eux. Charlotte, restée seule dans son salon glacé, le regard rivé sur les vitres brisées, sentit un doute s’insinuer : et si son amie Nadia n’était pas la seule à entendre des murmures ? Son œil gauche vira au bleu glacial un court instant.

***

Scène 2 - Vers Danvers

Lundi 6 décembre 1927 — Arkham, puis Danvers

Le soleil d’hiver baignait les toits d’Arkham d’une lumière pâle et glaciale lorsque Frère O’Malley et Emma Clarence se présentèrent à la demeure de Charlotte Bouchard. Le souvenir des vitres brisées et des tensions de la veille n’avait pas quitté les esprits — et bien que les salutations soient polies, l’air était lourd de non-dits.

Alessandro, silencieux et efficace, passait les premières heures du jour à barricader les fenêtres endommagées avec des planches tirées de la remise du jardin. Le marteau frappait le bois avec régularité, rythmé par le vent sec venu du nord.

Ce n’est qu’à dix heures passées que les deux Ford-T prirent la route de Danvers, engoncées dans la vapeur blanche des moteurs, les pneus crissant sur la neige gelée. En tête du convoi, Charlotte chevauchait sa moto Indian Scout, sa silhouette profilée découpant la route comme une lame dans la brume. Sa chevelure châtain clair disparaissait sous un casque de cuir sombre, les yeux dissimulés derrière des lunettes teintées.



La route, quoique enneigée sur les bas-côtés, était dégagée, et la petite caravane mécanique atteignit Danvers peu avant midi.  Après quelques hésitations, ils garèrent les véhicules près d’un dîner local, une bâtisse en briques rouges surmontée d’une enseigne de tôle : "Clarke’s Diner — Established 1911"

À l’intérieur, la chaleur fut la bienvenue. Ils s’attablèrent dans un coin tranquille et savourèrent un repas simple mais réconfortant : soupe de palourdes crémeuse, servie avec des crackers, filet de poisson frit, croustillant et délicat, une généreuse tarte aux pommes, encore tiède, et un café noir pour sceller le tout.

La conversation resta prudente d’abord, mais les visages s’apaisèrent peu à peu. Emma semblait calme — trop calme, peut-être — et se contenta de siroter son café en fixant l’horloge du mur. Nora, toujours pragmatique, finit par proposer :

« L’hôtel en face ferait l’affaire. Autant poser nos affaires. Si on doit rester plus longtemps ici, autant ne pas dormir dans les bagnoles. »

L’établissement en question, de l’autre côté de la rue, arborait une façade vieillissante mais digne : The Hawthorne Inn

Un nom classique pour un hôtel typique de Nouvelle-Angleterre, avec ses boiseries sombres, ses tapis élimés et son comptoir en chêne. Après avoir réservé trois chambres, le groupe monta déposer ses affaires. Chacun prit un moment pour se détendre, changer de chaussures, charger une arme discrètement.

Au rez-de-chaussée, le réceptionniste — un homme d’une cinquantaine d’années au regard un peu vague — leur indiqua, à leur demande, la route menant à l’hôpital psychiatrique :

« Vous prenez la route de la vieille scierie, puis vous suivez les panneaux et passer le vieux pont. Ça grimpe un peu, et c’est pas bien déneigé là-haut. L’hôpital se trouve à une heure d’ici, peut-être un peu moins si vous êtes chanceux. Mais vous devriez partir avant que le jour tombe. Là-bas… c’est pas l’endroit où on aime se promener la nuit. »

Son regard se fit plus fuyant. Il ajouta, comme pour lui-même :

« On dit que les hurlements se sont arrêtés y a quelques années. C’est encore pire depuis. »


***

Scène 3 - Le pont

Lundi 6 décembre — En route vers l’Hôpital de Danvers

Le soleil avait entamé sa lente descente vers l’horizon lorsque les véhicules reprirent la route, quittant Danvers pour les hauteurs où se dressait, solitaire, le Danvers State Hospital. 

La lumière devenait rasante, presque dorée, traçant de longues ombres sur la route étroite bordée de pins noirs. Le silence se fit plus profond à mesure qu’ils s’éloignaient des dernières maisons, remplacé par le crissement des pneus sur le givre et le gémissement occasionnel du moteur.


C’est alors qu’ils atteignirent le pont de pierre — un vieux passage moussu qui enjambait un ruisseau de taille respectable à demi gelé. Charlotte, en tête sur sa moto, le franchit rapidement sans s’attarder. Mais à bord de la première Ford, Frère O’Malley ralentit à la demande d’Emma, qui fixait un point dans la neige, les yeux écarquillés :

« Là… rouge. Juste là… »

Alessandro, dans la seconde voiture, avait déjà vu ce que désignait Emma. Il demanda à Nora de s’arrêter. Tous descendirent, attentifs, un frisson dans le dos. Sur la rive droite du pont, à moitié recouvert par la neige, un morceau de bandage rouge sombre garnissait un buisson mort. Le tissu semblait ancien, taché de sang encore brunâtre. À côté, posée contre un rocher moussu, une pierre ronde portait une inscription gravée maladroitement, presque au couteau :  "Il nous entend."

Le silence alentour se fit lourd. Le vent ne soufflait plus. Les pins, figés dans la lumière dorée, semblaient observer les intrus. La jeune médium restée un peu en retrait, fixait les frondaisons avec intensité. Sa main serrait le petit médaillon égyptien qui ne la quitter jamais. Elle murmura, sans vraiment s’adresser à personne :

« Il n’est pas encore là. Mais il sait. »

Le froid sembla plus mordant soudainement. Puis, sans avertissement, la porte de la Ford de Nora claqua violemment. Tous sursautèrent. Le bruit résonna dans la forêt comme un coup de tonnerre. Il n’y avait pas de vent. Rien qui aurait pu justifier ce mouvement. Frère O’Malley, le visage fermé, ramassa le bandage et le roula dans un mouchoir qu’il glissa dans sa sacoche. Son ton fut sans appel :

« En route. Charlotte a pris de l’avance. Et… ce n’est pas un endroit pour s’attarder. »

Nora, les yeux toujours rivés sur la portière qui venait de se refermer seule, lança à Alessandro :

« Il n’y avait pas un souffle d’air. Comment… ? »

Alessandro, le regard perdu vers la cime des arbres, murmura simplement :

« C’est comme en Floride. Ça recommence. »

Sans un mot de plus, ils regagnèrent les voitures. Le convoi reprit sa lente ascension, laissant derrière lui le pont de pierre, la pierre gravée, et le souvenir pesant d’un avertissement tombé dans l’oubli.

***

Scène 4 - L’Hôpital de Danvers

Lundi 6 décembre — Fin d’après-midi, Hathorne Hill

Les deux Ford-T progressèrent lentement à flanc de colline, les pneus peinant parfois à mordre dans les virages verglacés. La forêt s’éclaircissait peu à peu et, au détour d’un coude, les grilles en fer forgé du Danvers State Hospital apparurent, massives, invitantes comme une gueule de bête.

Devant les grilles, Charlotte attendait, sa moto arrêtée au pied d’un garde aux épaules larges, emmitouflé dans une épaisse veste d’hiver. À la ceinture, une matraque de bois noir pendait, polie par l’usage. Son regard se fit dur et soupçonneux à la vue de la caravane mécanique.

Charlotte descendit de sa moto et alla à la rencontre de ses compagnons, leur relatant brièvement l’échange froid qu’elle venait d’avoir avec le gardien. Frère O’Malley, bandage ensanglanté en poche, s’avança à son tour :

« Nous venons visiter une patiente. Nadia Belluni. »

Après un silence pesant et un regard scrutateur, l’homme finit par ouvrir les grilles à contre-cœur, tournant une lourde clef dans une serrure rouillée. Le grincement métallique résonna dans les arbres nus.

Les véhicules s’engagèrent dans l’enceinte de l’hôpital, roulant lentement à travers le parc enneigé. Puis, la silhouette du bâtiment principal se dévoila peu à peu : un immense édifice gothique, flanqué d’ailes rigides et dominé par une tour centrale, se dressait comme une chauve-souris aux ailes déployées. Le ciel bas, l’épaisseur des murs et la pierre noire tachée par les âges donnaient à l’ensemble un aspect lourd, presque menaçant.

Autour du bâtiment, des constructions secondaires se mêlaient à des bosquets sombres. Les arbres, pour la plupart décharnés, jetaient des ombres griffues sur la neige.

À l’ouest, un vaste bassin ovale occupait le flanc de la colline. Son eau figée, d’un bleu-gris presque métallique, ne reflétait rien d’autre qu’un ciel sans lumière. En contrebas, à l’est, un amphithéâtre moderne, à demi circulaire, s’ouvrait vers l’horizon. L’ensemble paraissait étrangement dissonant, comme si plusieurs époques et volontés s’étaient télescopées.

Sur le parking désert, une ambulance grise était stationnée. Un mécanicien en tenue sombre s'affairait sous le capot, indifférent à l’arrivée des visiteurs.



Les investigateurs se garèrent dans l’espace prévu à cette effet. Leurs bottes craquèrent sur la neige dure. À peine descendue de la voiture, Emma s’éloigna sans un mot, son regard attiré par le lac. Elle marchait avec la lenteur de ceux qui écoutent des voix que d’autres n’entendent pas. Alessandro, en vieux soldat, capta immédiatement l’étrangeté de son comportement. Il la suivit sans poser de question.

Nora Russo, les mains dans les poches de son trench, s’approcha de Charlotte et Frère O’Malley :

« Je vais rester ici. Veiller sur les deux autres. On ne sait jamais. »

Charlotte hocha la tête, reconnaissante, mais déjà tendue. Le regard qu’elle jeta à l’hôpital disait tout : c’est là-dedans que ça commence vraiment.

Les trois échangèrent un dernier regard, puis Charlotte et Frère O’Malley gravirent les marches du perron. Les portes en chêne massif s’ouvrirent lentement dans un gémissement sinistre, engloutissant les deux visiteurs dans l’ombre glaciale du bâtiment.





mercredi 4 septembre 2024

L'appel de Cthulhu - Aux portes des Ténèbres 02

 L'ombre sous la colline - Séance 2

Seuil vers L'Ombre sous la Colline - Séance 1

Où nous retrouvons les investigateurs perdu dans les ruines d'une ancienne civilisation sous la ville de providence.

***

Les investigateurs, le cœur battant à tout rompre, avaient fui la salle musicale, leurs pas résonnant dans les sombres corridors. La mélodie étrange continuait de les hanter, se mêlant à l'écho de leurs respirations haletantes. Frère O'Malley priait à mi-voix, ses mots se perdant dans l'obscurité tandis qu'ils remontaient le labyrinthe, guidés par une peur viscérale.

Ils parvinrent enfin au couloir des fresques préhistoriques, ces visions de mondes oubliés semblant soudain bien moins menaçantes que l'horreur qu'ils venaient de laisser derrière eux. Les yeux de Charlotte glissaient sans les voir sur les sculptures d'hommes-serpents et de dinosaures, alors que l'esprit de Tina semblait perdu, hanté par l'étrange musique et les événements récents.

Enfin, ils atteignirent le pied de l'à-pic où ils avaient laissé la corde, leur seule issue vers la surface et la lumière.

Figurines des investigateurs dans une grotte, face à un trône monstrueux et un orgue imposant, décor et figurines de " Cthulhu: death may " die peints  scène de L’Appel de Cthulhu
Le groupe d'investigateurs doit quitter le plus vite possible la chambre musicale !

En atteignant le pied de l'à-pic, ils furent frappés par un détail glaçant : la corde qu'ils avaient laissée pendue pour leur ascension avait disparu. Frère O'Malley, tenant fermement sa lampe, balaya l'obscurité du faisceau tremblant, espérant contre toute raison que la corde serait simplement tombée. Mais ce qu'ils découvrirent fut bien plus sinistre.

Autour de l'endroit où la corde aurait dû être, des empreintes griffues étaient imprimées dans la poussière. Elles évoquaient sans équivoque celles de la créature qui les avait attaqués dans la salle de l'harmonium. Les griffes avaient creusé le sol, laissant des marques profondes et menaçantes.

Frère O'Malley se redressa lentement, l'air sombre. "Ce monstre nous a suivis ! " murmura-t-il, sa voix résonnant comme un funeste présage. Son regard remonta lentement vers le sommet de l'à-pic, où la lumière de sa lampe vacillante dévoila brièvement une silhouette sombre.

Les investigateurs se figèrent, le souffle coupé. La créature se tenait là, à peine visible dans l'obscurité, mais suffisamment pour qu'ils comprennent que leur retraite était coupée. Un silence lourd s'installa, brisé uniquement par le lointain écho de la sinistre mélodie qui résonnait encore dans les profondeurs du tunnel.

Charlotte serra les poings, son arme prête, tandis que Tina, les yeux écarquillés, cherchait désespérément une autre issue. Nadia, le cœur battant à tout rompre, recula lentement, le visage blême. Frère O'Malley, la mâchoire serrée, éleva une prière muette, conscient que la moindre erreur pourrait leur coûter la vie.


Table de jeu de L’Appel de Cthulhu avec décor, figurines, écran du maître, fiches de personnages et aides de jeu
Mise en place de la partie


Après un bref conciliabule, les investigateurs décidèrent qu'il était suicidaire de tenter d'escalader la paroi sous l'œil avide de la créature. Aucune des personnes présentes ne se sentait de taille à affronter la goule qui les guettait dans les ténèbres. Leurs regards se croisèrent, lourds de tension et de peur, avant que Tina, toujours tremblante après sa récente crise, ne prenne la parole.

"Il faut trouver un autre chemin," murmura-t-elle, sa voix teintée de désespoir mais résolue.

Frère O'Malley hocha la tête, approuvant silencieusement. Ils n'avaient pas le choix. La créature bloquait leur retraite, et tenter de l'affronter ici, dans cette situation désavantageuse, serait une folie.

Charlotte, nerveuse mais déterminée, balaya la zone avec sa lampe, cherchant encore une échappatoire qui leur permettrait de fuir cet enfer souterrain. Nadia jeta un dernier regard vers la silhouette sinistre au sommet, avant de tourner les talons. Elle savait qu'ils devaient partir, et vite.

Sans un mot de plus, ils rebroussèrent chemin, se glissant furtivement dans les corridors obscurs, espérant trouver une issue avant que la goule ne les rattrape.


***


De retour dans le plus grand des couloirs, tous se figèrent, le sang glacé par l’horreur qui se dévoilait devant eux. Le chemin, qui quelques instants auparavant semblait leur unique espoir de fuite, était désormais obstrué par une horde de créatures humanoïdes. Leur apparence évoquait celle de singes livides, mais avec un front fuyant, de grands yeux globuleux, des mâchoires proéminentes en forme de museau, et des bras anormalement longs. Les créatures trottinaient ou avançaient d'un pas hésitant, remplissant l'air de leurs grognements et chuchotements inintelligibles.

Les deux groupes se firent face, chacun pétrifié par la vision de l’autre. À la lumière vacillante des lampes, les créatures dévoilèrent leur véritable nature. Charlotte, les mains tremblantes, reconnaissait avec une terreur croissante les traits humains déformés de ces êtres. Elle murmura d'une voix à peine audible, ses mots chargés d’une certitude morbide : "Ce sont des descendants… des esclaves capturés il y a plus d’un siècle… et leurs ravisseurs. Le produit de générations de consanguinité et de conditions infernales…"

L’archéologue, déjà fragilisée par les précédents événements, sentit sa raison vaciller dangereusement. Frère O'Malley, observant son état, tenta de l’apaiser d’un regard protecteur, mais lui-même était dépassé par l’ampleur de l’horreur qui se déroulait devant eux. Olivia, en revanche, se trouva fascinée par la scène qui s'offrait à ses yeux. Dans un élan de professionnalisme morbide, elle prépara son appareil photo pour immortaliser ce moment inouï.

Figurine de l’investigatrice Tina, marquée par les horreurs vécues, avançant vers les créatures des tréfonds, décor et figurines peints à la main

C'est alors que Tina, son esprit définitivement brisé par les atrocités vécues, s’avança vers les créatures en fredonnant un air de Charleston, gloussant comme si elle se trouvait dans une soirée mondaine. Son comportement incohérent prit une tournure macabre lorsqu'elle commença à aguicher les mâles monstrueux, qui, à la grande horreur de Frère O'Malley, réagirent à ses avances. Le dominant s’approcha, ses intentions claires, mais un jeune mâle, refusant de céder sa place, se jeta sur Tina et arracha sa robe dans un geste brutal.

Frère O'Malley, éberlué et totalement désemparé, se retrouvait incapable d’agir, tiraillé entre la nécessité de protéger ses compagnons et l’horreur de la scène qui se déroulait sous ses yeux. L'incapacité à choisir une action le paralysa, tandis que Charlotte hurla que ces monstres devaient être exterminés. La détonation de son revolver retentit soudain, déchirant le silence oppressant de la caverne.

Simultanément, Tina reprit ses esprits et se mit à hurler de terreur, réalisant la nature de ceux qu’elle avait inconsciemment tenté de séduire. Olivia, fidèle à son instinct de journaliste, déclencha son appareil dans un flash éblouissant qui immortalisa l’horreur de la scène. L’effet combiné du coup de feu, des cris, et du flash provoqua une panique totale chez les créatures qui se dispersèrent en tous sens, une d’entre elles s’effondrant, blessée à mort par la balle de Charlotte.


Figurines des investigateurs affrontant les hommes des tréfonds, issues du jeu Cthulhu: Death May Die de CMON, décor peint


Dans le chaos qui s’ensuivit, les investigateurs se retrouvèrent seuls, l'écho de leurs propres cris résonnant contre les parois humides du couloir, avec pour seule compagnie le cadavre et la terreur qui ne cessait de grandir.

Frère O'Malley comprit qu'ils n'auraient peut-être pas d'autre chance de s'en sortir vivants. Mais avant toute autre action, il retira sa veste d'un geste rapide et la jeta sur les épaules tremblantes de Tina, tentant de dissimuler sa nudité et de lui rendre un semblant de dignité. Tandis qu'il murmurait quelques paroles de réconfort, il jeta un regard inquiet en direction d'Olivia, qui, après avoir soigneusement rangé son appareil dans sa sacoche, se tourna vers Charlotte. Celle-ci affichait un sourire sauvage, ses yeux brillants de folie fixés sur le corps inerte de la créature qu'elle venait d'abattre. Nadia, quant à elle, se tenait tremblante au côté de l'archéologue, son pistolet inutilisé à la main. 

"On ne peut pas rester là," murmura le religieux, sa voix grave trahissant une tension à peine contenue. "Le temps presse, et notre seule option désormais est de nous enfoncer encore plus dans les ténèbres, à la recherche d'un passage qui pourrait nous mener à la surface." Il marqua une pause, ses yeux se tournant vers le plafond invisible de la caverne, puis ajouta d'une voix empreinte de foi désespérée : "Nous sommes dans la main de Dieu."


***

Les ténèbres devant eux semblaient s'étirer à l'infini mais l'idée de rester sur place, entourés par ces créatures et les restes de leur congénère, était tout simplement impensable. Le groupe se resserra, leurs pas hésitants et leurs cœurs battant à l'unisson, alors qu'ils se préparaient à affronter ce qui les attendait dans les profondeurs insondables de la terre.

Ils passèrent rapidement devant les terriers sombres où les humanoïdes s'étaient réfugiés, jetant des regards furtifs aux formes tapies dans les ombres. La lumière des torches vacillantes se reflétait parfois sur des yeux monstrueux, observant silencieusement leur passage. Frère O'Malley était persuadé que l'un de ces sinistres terriers devait être relié à la surface, ou à tout le moins au réseau des égouts de Providence. Cependant, il savait que ses compagnes n'étaient pas en état d'affronter une nouvelle fois ces créatures bestiales. Aussi, guidait-il le groupe plus profondément dans les catacombes pré-diluviennes, les éloignant de ces repaires menaçants.

Ils parcoururent les couloirs interminables pendant ce qui leur sembla être des heures, les murs suintants et les plafonds bas étouffant leur souffle. Bientôt, ils ne disposèrent plus que d'une unique lampe torche, sa lueur vacillante luttant contre l'obscurité. Ce fut à cet instant critique que Frère O'Malley, le visage grave, sortit de son sac une vieille mais puissante lanterne à capuchon. La lumière vive perça les ténèbres, dévoilant des détails inquiétants des parois rocheuses, et la marche reprit, plus assurée.

Bien qu'il fût difficile de s'orienter dans ce dédale de pierre, Tina, encore secouée par son traumatisme, parvint à reprendre suffisamment ses esprits pour évaluer leur situation. Son expérience en spéléologie se révéla précieuse ; après avoir observé l'inclinaison des parois et l'humidité croissante du sol, elle affirma d'une voix tremblante mais résolue qu'ils se dirigeaient vers le fleuve. Le groupe, épuisé mais déterminé, continua d'avancer, l'espoir ténu qu'ils étaient enfin sur la bonne voie s'accrochant à leurs cœurs comme une lueur dans l'obscurité sans fin.

***

Le bruit de l'eau se fit entendre quelques minutes plus tard, un murmure lointain qui venait corroborer l'affirmation de Tina. Le son rassurant d'un cours d'eau, signe de vie et d'espoir, provenait cependant d'un tunnel secondaire, sombre et étroit, qui bifurquait à gauche. Malgré l'attirance naturelle vers cette source potentielle de salut, personne ne voulut se détourner de ce qui semblait être l'artère principale du dédale, le seul chemin qui pourrait peut-être les ramener à la surface.

Charlotte, l’esprit encore troublé par les récentes horreurs, suggéra timidement de s’arrêter pour étancher leur soif si l’eau était accessible. Mais sa proposition se heurta à un silence unanime. Personne ne voulait prendre le risque de s'aventurer dans un passage inconnu, aussi tentant soit-il. Le groupe, épuisé et nerveux, était trop concentré sur l’idée de s’échapper pour considérer une telle option.

Vaste grotte avec lac central et champignons géants, peuplée par des hommes des cavernes, décor Hirst Arts et WizKids, figurines Cthulhu: Death May Die
L'eau que les investigateurs avaient entendue alimentait le "jardin" des dégénérés

Profitant de cet instant d’échange, Frère O'Malley se tourna vers les jeunes femmes et, d’une voix basse et grave, leur confia une inquiétude qui le rongeait depuis un moment. Il leur révéla qu’il pensait que le groupe était suivi. À plusieurs reprises, il avait perçu des échos étranges, comme le bruit d’un piétinement léger mais régulier, résonnant non loin derrière eux. Ses mots firent frissonner le petit groupe, ajoutant une nouvelle couche d’angoisse à leur périple déjà terrifiant. Le silence qui suivit fut lourd, chacun tendant l’oreille, espérant – ou redoutant – entendre ce que le prêtre avait capté.

Cric, cric. Le bruit sinistre de griffes raclant le sol rocheux résonna derrière eux, se mêlant au martèlement de leurs cœurs affolés. Le son, d'abord léger et distant, semblait se rapprocher, se faisant de plus en plus distinct à chaque pas. Un frisson glacial parcourut l'échine de chaque membre du groupe. Le danger était palpable, tout près, trop près.

Terrorisés mais refusant de céder à la panique, ils échangèrent un regard entendu. Sans un mot, ils s’élancèrent vers l’avant, leurs pas se faisant plus rapides, plus urgents, mais sans pour autant se transformer en une course désespérée.

***

Le chemin qu'ils suivaient finit par se diviser en deux passages strictement identiques, plongeant le groupe dans une hésitation lourde de conséquences. Les deux corridors, semblaient identiques, chacun s'étirant vers l'inconnu avec une promesse voilée de terreurs supplémentaires.

Après un bref échange de regards inquiets, sans parole mais chargé de tension, ils choisirent le passage de gauche. Ils ignoraient alors que, s'ils avaient pris à droite, ils auraient été conduits directement dans le temple de Yig, un lieu de cultes anciens et de rituels impies, où les secrets des hommes-serpents auraient pu révéler une vérité bien plus terrifiante encore.

Figurines devant le temple de Yig avec une statue du Grand Ancien, un représentant du peuple serpent et deux ghasts monstrueux, décor peint dans le cadre d'une partie du jeu de rôles l'Appel de Cthulhu.
Le temple de Yig va t-il redevenir un lieu de puissance ?

Leur décision prise, ils s'engagèrent dans le passage de gauche, avançant dans les ténèbres, sans se douter que chaque pas les éloignait d'une destination qui, bien que menaçante, aurait pu leur offrir une compréhension inédite de l'horreur qui les entourait.

***

Le groupe avança prudemment mais après quelques dizaines de mètres, le couloir se scinda de nouveau en deux passages. Cette fois, une douce lueur émanait du couloir de droite, perçant légèrement l'obscurité. La lumière, bien que faible, semblait promettre sécurité et répit tant attendu. Charlotte, Nadia et Olivia laissèrent échapper un soupir de soulagement, croyant voir enfin la fin de ce cauchemar. Frère O'Malley, lui, pria en silence, mais une sombre intuition lui soufflait que ce répit était illusoire.

Alors que le groupe se tenait là hésitant, Tina, l'esprit déjà brisé par les horreurs rencontrées, craqua. Ses yeux s'illuminèrent de folie, et, d'une voix perçante, elle hurla : "Josh ! Josh ! Nous sommes là ! C'est Tina ! Nous allons te sauver, mon chéri !" Elle se précipita vers la lumière comme un papillon attiré par une flamme fatale. Mais avant qu'elle ne puisse s'élancer, Frère O'Malley, mû par une force désespérée, parvint à saisir son bras, la retenant in extremis.

Le cri de Tina résonna dans les tunnels, son écho s'étirant dans les ténèbres, jusqu'à ce que soudain, la lueur vacillante qui leur offrait un semblant d'espoir s'éteigne brusquement, comme soufflée par une main invisible. Le passage fut plongé dans une obscurité totale.

Cric, cric. Le bruit sinistre de griffes raclant le sol rocheux résonna de nouveau, mais cette fois, il était terriblement proche. Les investigateurs pouvaient presque sentir le souffle glacial de la créature.

***

Le son d'un gong profond résonna dans les ténèbres, étouffant le bruit des griffes qui continuaient à érafler le sol derrière eux. Ce ton lugubre semblait annoncer l'entrée en scène du dramatis personnae de cette expédition cauchemardesque. Frère O'Malley, les nerfs à vif, tourna le faisceau de sa lanterne vers le couloir désormais obscur. La lumière accrocha les silhouettes grotesques de deux hominidés, mais ce n'était pas eux qui captivaient l'attention des investigateurs.

Figurine du grand méchant de l’aventure L’Appel de Cthulhu, un homme-serpent du jeu Cthulhu Wars, avec une tête de cobra royalDerrière ces créatures primitives se tenait l'incarnation même de la terreur : un humanoïde colossal, avoisinant les deux mètres de haut. Ce monstre arborait un long tabard beige et une courte cape turquoise, ornée d'un collier précieux qui pendait autour de son cou comme un symbole de pouvoir ancestral. Mais ce qui faisait véritablement frémir était le visage de la créature. Là où un visage humain aurait dû se trouver se dressait une tête de cobra royal, majestueuse et terrifiante. Ses écailles étincelaient d'une lueur sinistre à la lueur vacillante de la lanterne, et ses yeux, perçants et impitoyables, fixaient les investigateurs avec une intelligence froide et malveillante.

Une odeur nauséabonde de charogne enveloppa alors le groupe, rendant l'atmosphère encore plus suffocante. Le ghast, cette créature abjecte qu'ils avaient déjà affrontée, émergea du couloir sombre, révélant qu'il avait traqué les investigateurs tout ce temps. L'instant sembla suspendu, comme si le temps lui-même retenait son souffle. Puis, soudain, tout bascula dans un chaos inouï.

***

Rongée par une rage incontrôlable, Charlotte se laissa emporter dans un déchaînement de violence. Elle vida son arme sur le premier des hominidés, hurlant des injures insensées. Tina, dans une tentative désespérée de la calmer, n'obtint en réponse qu'une explosion de colère. Charlotte, démente, lui fracassa le nez d'un coup violent en l'insultant furieusement. Tina, désormais poussée à bout, ceintura Charlotte et la projeta au sol avant de prendre la fuite, terrifiée, par le couloir non exploré, abandonnant ses compagnons à leur sort. Oliva s'élança sur ses talons. 

Nadia, paralysée par la terreur, ne pouvait que regarder, impuissante, tandis que Charlotte, toujours au sol, s'acharnait sur le second hominidé qui s'était imprudemment approché. Elle lui mordit le mollet avec une telle férocité qu'elle en arracha un morceau de chair épais, ses cris de folie résonnant dans les ténèbres. L'autrice, désormais à bout de nerfs, se décida enfin à agir et tira à son tour, blessant la créature au moment où elle s'apprêtait à riposter.


Scène finale de L’Appel de Cthulhu : figurines des investigateurs affrontant l’homme-serpent, les ghasts et les hommes des cavernes


Frère O'Malley, résolu à affronter la menace, se jeta sur le ghast. Dans un acte désespéré, il brisa sa lanterne sur le crâne du monstre, répandant l'huile enflammée sur son corps putride. La bête hurla de douleur avant de s'enfuir, enveloppée de flammes, ses cris perçant l'obscurité.

L'homme-serpent, resté immobile jusque-là, fit alors preuve de ses pouvoirs terrifiants. Ses yeux fixèrent Nadia, la plongeant dans des visions cauchemardesques du culte de Yig. Mais la jeune femme, avec une volonté de fer, parvint à repousser cette intrusion mentale. Charlotte, toujours au sol, ne relâcha pas son emprise sur son adversaire. Dans un dernier acte de sauvagerie, elle le fit tomber à terre et lui fracassa le crâne, hurlant de folie.

Ce fut trop pour Nadia. Son esprit, déjà ébranlé, céda enfin, et elle prit la fuite à son tour, emportée par une panique irrépressible. Frère O'Malley, désormais libre de l'horreur du ghast, refusa d'abandonner Charlotte. Il dégaina un pistolet, qu'il avait jusqu'alors gardé caché, et le pointa sur le sorcier homme-serpent. Avec un sang-froid étonnant, il releva Charlotte, maintenant plus calme après la mise à mort du dégénéré.

Entraînant l'archéologue, il recula prudemment dans le corridor emprunté par Tina, le cœur battant. Mais alors qu'ils s'éloignaient, un nouveau ghast apparut dans la lumière vacillante de l'huile répandue au sol et qui finissait de se consumer, ajoutant une nouvelle menace à une liste déjà bien trop longue.

***

Après sa fuite précipitée, Tina n'était pas allée bien loin. Le passage qu'elle avait choisi l'avait conduite à une vaste salle souterraine, où elle s'était arrêtée, à bout de souffle et l'esprit encore en proie à la panique. Olivia, qui avait suivi la direction qu'avait empruntée sa compagne, la rejoignit quelques instants plus tard, guidée par la lumière tremblotante de l'unique lampe torche que Tina tenait fermement.



Le faisceau lumineux balaya la pièce, révélant un spectacle aussi fascinant qu'inquiétant. Suspendues au plafond de la salle, vingt et une cosses jaunes et translucides se balançaient doucement dans l'air humide, oscillant dans la brume épaisse qui s'échappait d'étranges ouvertures au-dessus. À l'intérieur de chaque cosse, on pouvait distinguer des formes indistinctes, des silhouettes humanoïdes aux traits reptiliens, flottant dans un liquide vert et mousseux qui semblait les maintenir dans un état de stase.

Cependant, ce n'était pas ce qui glaça le sang des deux femmes. L'une des cosses, à la différence des autres, était déchirée. Sèche et brune, elle pendait inerte, vide de tout occupant. La scène évoquait un accouchement monstrueux, comme si quelque chose s'était extrait de cette enveloppe pour hanter les profondeurs du labyrinthe. Le silence pesant était seulement troublé par le léger grésillement de la lampe torche et les battements affolés de leurs cœurs.


Figurines des investigatrices au milieu de la pouponnière des hommes-serpents, entourées d’œufs monstrueux inspirés des xénomorphes

Elles comprirent avec effroi que le sorcier serpent qui les avait pourchassés avait émergé de cette cosse déchirée. Sa mission était claire : répandre le culte de Yig et réveiller un monde ancien, perdu dans les méandres du temps. Tandis qu’elles prenaient conscience de cette sombre réalité, Nadia puis Frère O'Malley et Charlotte les rejoignirent dans la salle. L'archéologue, épuisée et blessée, s'effondra, le sang coulant de plusieurs vilaines plaies. Voyant son état critique, Frère O'Malley se positionna à l'entrée de la salle, déterminé à la protéger.

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Dans le couloir d'où ils venaient, la sinistre silhouette du sorcier homme-serpent apparut, flanquée des deux ghasts, dont l'un arborait un visage brûlé et défiguré par l'huile enflammée. La menace était palpable, et Olivia, en proie à la panique, proposa à Frère O'Malley de menacer le sorcier de détruire les cosses si lui et ses sbires osaient approcher davantage. À leur grande surprise, la menace porta ses fruits. Les abominations s'arrêtèrent, hésitantes.

Soudain, Nadia sentit l'esprit du sorcier pénétrer une nouvelle fois le sien, projetant des pensées malsaines et ténébreuses. Il promettait de les laisser partir s'ils abandonnaient les cosses et les enfants de Yig à leur destin. Horrifiée, mais tentant de garder son sang-froid, Nadia relaya le message au groupe. Personne ne crut aux paroles du sorcier, mais tous comprenaient qu'ils devaient gagner du temps, espérant trouver une échappatoire.

Ils évaluèrent leur situation : Charlotte et Nadia étaient sévèrement blessées, l’archéologue avait perdu son arme, et la journaliste était désarmée. Seul Frère O'Malley avait encore un chargeur plein, mais leur situation était désespérée. Tina, quant à elle, était plongée dans une folie incontrôlable. Alors qu’ils cherchaient une issue, elle découvrit un passage étroit d’où s’échappait un mince filet d’eau. Complètement affolée, elle s’y glissa en hurlant à Olivia de la suivre.


Nouvelle prise de vue des investigatrices dans la pouponnière des hommes-serpents, entourées d’œufs monstrueux durant une partie de l'appel de Cthulhu


Frère O'Malley  tenta de dissuader la journaliste, l’avertissant que seul un miracle pourrait les sauver si elle empruntait ce passage, mais Olivia, désespérée, refusa d’écouter la voix de la raison et disparut à son tour dans l’étroit conduit. Frère O'Malley  regarda, impuissant, la lumière de la lampe torche s'éteindre avec la disparition d'Olivia. Résigné, il improvisa une torche avec un morceau de sa chemise et adressa une prière pour les jeunes femmes. Puis, il se pencha ensuite sur Charlotte, épongeant ses blessures et la réconfortant comme il le pouvait.

Lorsque l’archéologue reprit quelques forces, Frère O'Malley  lui expliqua la situation. Désormais, il n’y avait plus d’espoir. La chance de tenir tête aux monstres s'était évanouie avec la dispersion de leur groupe. La lueur de l'espoir s'était éteinte, et, avec elle, les chances de trouver une issue à ce cauchemar vivant. Ce fut à cet instant, que le religieux se rendit compte que Nadia avec elle aussi disparu. Elle s'était probablement glissée dans le boyau dans l'espoir de rejoindre la journaliste et la jeune héritière. Sans lumière, sans savoir pratique, le Frère la jugea perdue.

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Figurines représentant l’investigateur Frère Luke au-dessus de Charlotte inconsciente, scène d’une partie de L’Appel de Cthulhu
Provenant du couloir, des grognements gutturaux se firent entendre, résonnant sinistrement dans les ténèbres environnantes. Le sorcier avait rassemblé ses serviteurs, ces dégénérés monstrueux, et il ne tarderait pas à lancer l'assaut final. Frère O'Malley sentit le poids écrasant du désespoir sur ses épaules. Il prit les mains tremblantes de Charlotte dans les siennes, cherchant à puiser une dernière once de réconfort dans la prière.

Ils murmurèrent ensemble une prière pour leur salut, leurs voix tremblantes résonnant dans l'obscurité comme un dernier appel à la miséricorde divine. Mais dans leurs cœurs, ils savaient que le temps était compté et que le miracle qu’ils espéraient pourrait ne jamais se réaliser.

La mort dans l'âme, Frère O'Malley et Charlotte se résignèrent à suivre le même chemin qu'Olivia et Tina. Avec une lenteur désespérée, ils s’engagèrent dans le boyau étroit et humide, espérant contre toute attente qu'il puisse les mener quelque part, loin de l’horreur qui les poursuivait. Le bruit des grognements se faisait de plus en plus lointain, mais l’ombre de la mort planait toujours au-dessus d'eux, oppressante et inévitable.

Et le miracle eut lieu. Après des heures interminables de reptation dans une obscurité presque totale, Frère O'Malley et Charlotte émergèrent enfin dans un conduit d'égout, qui débouchait à l'air libre sur la côte battue par les vents de Providence. L'air salin et frais les enveloppa, un contraste saisissant avec les ténèbres suffocantes qu'ils laissaient derrière eux. Ils hurlèrent de joie, leur euphorie momentanée éclipsant l'épuisement et le traumatisme. Mais la réalité les rattrapa rapidement.

Après quelques instants d'euphorie, leurs pensées se tournèrent vers leurs amies, Tina et Olivia. Leurs cris d'allégresse se muèrent en appels inquiets, mais le silence qui suivit fut lourd de désespoir. Nulle trace des deux femmes. Le destin avait été bien plus cruel pour elles.

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Olivia, dans sa panique, avait confié son sort à Tina, dont l'esprit était irrémédiablement brisé par les horreurs qu'elle avait endurées. Leurs quelques heures d'espoir se terminèrent abruptement lorsque la lampe torche s'éteignit pour de bon, les plongeant dans un noir absolu. Séparées dans l'immensité du labyrinthe souterrain sous Providence, elles étaient perdues.

Tina, déconnectée de la réalité, trébucha dans l'obscurité et bascula dans un gouffre sans fond, sa chute étant brève mais fatale. Olivia, quant à elle, continua d'errer dans les ténèbres, ses pensées brouillées par la peur et le désespoir. Elle fut soudainement emportée par un puissant courant souterrain qui l'entraîna vers les profondeurs glaciales. Luttant pour sa survie, elle sentit ses forces l'abandonner.

Alors qu'elle se débattait pour rejoindre la surface, ses poumons brûlant d'un besoin d'air, des mains surgies des ténèbres la saisirent et la tirèrent hors de l'eau. La lumière, aussi faible soit-elle, agressa ses yeux habitués à l'obscurité. Son soulagement fut de courte durée, car en levant les yeux pour remercier ses sauveurs, elle fut confrontée à une face simiesque, grotesque et inhumaine. Un cri d'horreur échappa de ses lèvres, se perdant dans les entrailles de la terre.

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Parmi les ténèbres souterraines, Nadia, l'autrice, avait suivi le même chemin désespéré que Tina et Olivia. Bien que son esprit ait été déjà profondément ébranlé par les visions terrifiantes implantées par le sorcier homme-serpent, un instinct de survie viscéral l'avait poussée à continuer, rampant à travers le boyau étroit malgré la terreur qui lui dévorait l'âme.

Contre toute attente, elle réussit à émerger, seule, sur une plage désolée, à quelques kilomètres de Providence. Ses vêtements en lambeaux, trempée et boueuse, Nadia erra le long du rivage, murmurant des phrases incohérentes sur Yig, les enfants du serpent, et les horreurs qu'elle avait vues. Quelques jours plus tard, elle fut découverte par les garde-côtes, déshydratée, affamée, mais vivante. Cependant, toute raison semblait l'avoir abandonnée.

Sans papiers, sans moyen d'être identifiée, elle fut considérée comme une inconnue et rapidement transférée dans un asile de Providence. Les médecins qui tentèrent de la soigner se heurtèrent à un mur d'obsessions délirantes, des récits d'un monde ancien et terrible qu'elle était la seule à pouvoir entrevoir. Nadia, désormais enfermée dans sa folie, revivait sans cesse les visions du culte de Yig, sa conscience irrémédiablement brisée par les pouvoirs du sorcier homme-serpent.

Dans la solitude de sa cellule, elle murmurait des incantations incompréhensibles, les yeux perdus dans un vide où se jouaient des scènes cauchemardesques. Ses geôliers, bien que compatissants, ne pouvaient qu'assister impuissants à la lente descente de Nadia dans un abîme de démence, une victime de plus des forces sombres tapies sous Providence.

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Conclusion

Providence, une ville maudite.
Frère O'Malley se tenait sur la côte rocheuse de Providence, le regard fixé sur l'horizon brumeux. La mer s'étendait à perte de vue, mais son esprit était ailleurs, tourmenté par les récents événements. À ses côtés, Charlotte, pâle et affaiblie, s'accrochait à lui comme à une bouée de sauvetage dans cet océan de terreur qu'ils avaient traversé. Malgré ses blessures et son esprit vacillant, elle était encore en vie, et c'était un petit miracle en soi.

De retour à Boston, le frère O'Malley fit immédiatement appel à Monseigneur Richard Stanton, son supérieur au sein de l'ordre. Dans le bureau obscur et sévère de Stanton, ils discutèrent à voix basse des horreurs découvertes sous Providence. Stanton, un homme aux traits marqués par des années de combats spirituels, écouta avec une attention silencieuse les détails sordides du culte de Yig et les abominations rencontrées. Après un long silence, Stanton acquiesça, le regard sombre.

« Le mal est ancien, Luke, et profondément enraciné. Mais il ne doit pas prospérer. Nous ferons ce qui est nécessaire pour protéger les âmes innocentes de cette menace. »

L'ordre se mit en mouvement. Charlotte fut confiée aux soins du Dr Evelyn White, une psychologue expérimentée qui avait déjà travaillé sur des cas de traumatismes surnaturels. Frère O'Malley s'assura qu'elle était en sécurité, sachant que si quelqu'un pouvait aider Charlotte à retrouver un semblant de paix, c'était le Dr White.

Cependant, l'esprit du frère était toujours hanté par un autre visage, celui de Nadia. Quelques jours après son retour à Boston, il apprit que Nadia, l'écrivaine tourmentée, avait été retrouvée par des gardes-côtes sur une plage, délirante et totalement méconnaissable. Sans papiers et incapable de s'exprimer clairement, elle avait été internée dans un asile à Providence, où elle vivait désormais en proie à des visions de serpents et de rituels monstrueux, son esprit ravagé par les horreurs qu'elle avait vécues.

La nouvelle assombrit encore le cœur de Frère O'Toole. Il fit tout ce qu'il put pour lui venir en aide, mais il savait qu'il était peut-être déjà trop tard pour la sauver de ses démons intérieurs. Il organisa discrètement son transfert sous la surveillance de l'ordre, espérant qu'un jour, avec les bons soins, elle pourrait retrouver un semblant de raison.

Pendant ce temps, l'ordre s'assura d'étouffer l'affaire, utilisant ses relations au sein de la police pour réécrire la vérité. Les morts furent attribués à des accidents tragiques, des rapports furent falsifiés, et les témoignages des survivants qui avaient perdu la raison furent discrédités. Le nom de Yig, les cosses suspendues, et les créatures serpentines, tout cela fut enterré dans les archives secrètes de l'ordre, destinées à ne jamais voir la lumière du jour.

Après avoir fait le nécessaire pour effacer les traces du cauchemar sous Providence, Frère O'Malley retourna à sa mission, prêt à affronter la prochaine menace qui se dresserait contre la lumière divine.

Une prière silencieuse sur les lèvres, il quitta le bureau de Stanton, le cœur lourd mais résolu. Car dans ce monde, où l'ombre et la lumière se livraient une guerre éternelle, le devoir de Frère Luke O'Malley était clair : rester en alerte, veiller sur les âmes perdues, et préparer l'Église aux combats à venir. Le sorcier homme-serpent n'avait pas été détruit, mais O'Malley savait que la guerre était loin d'être terminée. Et tant qu'il aurait foi en sa mission, il continuerait à combattre les ténèbres, un exorcisme à la fois.

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Epilogue

Les ténèbres du souterrain étaient son domaine, un royaume où le temps semblait suspendu, et où les rares intrus qui osaient s'aventurer ne faisaient que nourrir ses ambitions. Le sorcier homme-serpent, ultime émissaire du grand Yig, se tenait immobile dans la pénombre, ses yeux reptiliens scrutant l'obscurité, cherchant des traces des intrus qui avaient osé défier son sanctuaire.

Leurs âmes faibles avaient été faciles à lire, leurs peurs, un nectar dont il s'était délecté. Il avait laissé certains s'échapper, car la peur qu'ils portaient en eux serait le germe de la terreur future, un outil précieux pour l'œuvre qu'il entendait achever. Yig, son maître, l’avait choisi pour raviver le culte ancien, et il ne faillirait pas.

Les récentes perturbations avaient été un test, une épreuve pour lui et pour ceux qui prétendaient dominer ces terres. Les morts, les fous, ceux qui avaient échappé à la folie pour vivre dans la peur — tous avaient joué leur rôle dans son dessein. La femme qui était enfermée à Providence, son esprit ravagé, deviendrait une prophétesse, même si elle ne le savait pas encore. Son délire, son murmure, porterait la parole de Yig parmi les hommes. L’ordre ancien se réveillerait.

Le sorcier jeta un regard vers les cosses suspendues au plafond, les derniers enfants de Yig en sommeil, protégés et prêts à émerger quand le monde serait de nouveau prêt à les accueillir. Mais il savait que le temps n’était pas encore venu. Il fallait d'abord affaiblir le cœur des humains, les préparer à l’ascension du culte.

Figurine du sorcier homme-serpent dans son repaire combinant laboratoire et bibliothèque, décor peint

Il leva une main griffue, invoquant les énergies primordiales qui circulaient dans les veines de la terre. Le gong résonna une nouvelle fois dans les profondeurs, une vibration sourde qui fit trembler les tunnels et résonna jusque dans les égouts de Providence. Un appel aux anciens, à ses semblables, à se rassembler et à attendre leur heure.

Le sorcier se retira dans les ombres, satisfait. Les graines du retour de Yig étaient semées. Peu importait le temps que cela prendrait, peu importait les sacrifices. L'éveil du culte était inévitable. Le destin des humains était scellé, et il en serait l'instrument.

Alors qu’il s’enfonçait plus profondément dans le labyrinthe souterrain, son esprit se projeta une dernière fois vers la surface, où les étoiles scintillaient au-dessus de Providence. Il ne restait plus qu’à attendre que la nuit descende complètement sur l’humanité, une nuit éternelle où Yig régnerait à nouveau.