samedi 7 mars 2026

✦ JDR Cthulhu Pulp - Campagne Genius Loci

 Enquête au Pays de Galles: sur la trace des templiers


Dans les épisodes précédents

Fin 1926, l’archéologue Charlotte Bouchard (Charlotte) avait entraîné ses amis et relations — Frère Luke (Christophe), Pietro Alessandro (Ludovic), Nora Russo (Loredane), Michèle Mayers (Nadège) et Emma (Pauline) - au cœur d’une terrifiante affaire dans la ville de Danvers. (Cf. Aventure Genius Loci)

À l’origine, il ne s’agissait que de faire sortir son amie et écrivaine Nadia Belluni d’un asile où elle était retenue contre son gré ( Internement suite à l'aventure L'ombre sous la colline). Mais il s’était avéré que l’hôpital était le repaire d’une puissance maligne : un Lloigor vieux de plusieurs siècles. La créature avait étendu ses serres sur l’enceinte de l’établissement, mais aussi dans les faubourgs de la ville de Danvers.

Les investigateurs avaient finalement réussi à soustraire Nadia aux griffes d’un groupe de cultistes dévoués au Lloigor. Mais la confrontation s’était soldée par une dizaine de morts - dont Alessandro - et avait attiré l’attention du FBI, mais aussi d’une seconde cabale de cultistes.

Au début de l’année 1927, à l’initiative personnelle d’un des membres de cette cabale, les investigateurs furent pris pour cibles et faillirent périr lors d’un naufrage sur Black Gul Island (Cf. Le Naufrage), où un culte était rendu à Cthulhu. De nouveau, les morts furent nombreux et Emma fut portée disparue.

Mais cette fois, c’en était trop : le FBI fit arrêter Charlotte et ses amis et les soumit à des interrogatoires serrés. Au final, les investigateurs furent contraints de poursuivre leur enquête visant à circonvenir la menace que faisait peser le Lloigor sur la ville de Danvers, mais désormais sous l’égide du FBI.

Les recherches conduites par l’Ordre auquel appartenait Frère Luke, ainsi que les dernières visions d’Emma, conduisirent les investigateurs à penser qu’une ancienne commanderie templière renfermerait les secrets nécessaires à l’élimination du Lloigor.

Cette commanderie se trouvait dans le village de New Radnor, au pays de Galles.

***

Introduction – 6 mars 1927

Après plusieurs semaines d’interrogatoires menés par le Federal Bureau of Investigation, les survivants du naufrage du Queen of Olympus et des horreurs de Black Gull Island n’avaient plus vraiment le choix. Qu’ils aient accepté de collaborer de bon gré ou sous la contrainte à peine voilée, tous comprirent rapidement une chose : l’agence fédérale en savait bien plus qu’elle ne le laissait paraître sur l’existence de cultes voués à d’obscures entités.

Figurines d'investigateurs du jeu Cthulhu : death may die - utilisée lors d'une partie de l'appel de Cthulhu

Le 6 mars 1927, Frère Luke O’Malley, l’archéologue Charlotte Bouchard, la linguiste britannique Michèle Mayers et la détective Nora Russo s’apprêtaient à embarquer à bord du RMS Samaria, paquebot transatlantique de la Cunard Line reliant New York à Liverpool.

Leur destination finale : le pays de Galles, et plus précisément la petite communauté reculée de New Radnor.

Selon les dernières visions de leur défunte amie Emma, c’est là qu’ils pourraient découvrir un moyen d’emprisonner un redoutable Lloigor, entité tapie dans l’ombre qui étendait déjà son emprise sur l’hôpital de Danvers - et, peut-être, sur une partie de la ville elle-même.

Photo du RMS Samaria - a transatlantic ocean liner built for Cunard Line

Désormais soutenus par le FBI, les investigateurs allaient toutefois devoir composer avec une présence supplémentaire : l’agent de liaison Emile Appeltown. Officiellement chargé de les assister dans leur enquête, il avait aussi pour mission implicite de les surveiller au nom du gouvernement fédéral.

La traversée de l’Atlantique ne serait qu’un prélude.
Quelque part, dans les collines brumeuses du Radnorshire, quelque chose attendait.

Le voyage en mer

Le RMS Samaria quitta les docks dans un long grondement de machines et un panache de fumée sombre qui se dispersa au-dessus du port. Lentement, New York s’éloigna, avalée par la brume et la distance. Sept jours de traversée les séparaient de Liverpool ; ensuite viendraient les trains, de Liverpool à Londres, puis de Londres à Presteigne, et enfin jusqu’à New Radnor. Si tout se déroulait sans incident, l’agent Emile Appeltown estimait qu’ils atteindraient le pays de Galles en neuf jours au plus.

À bord, l’atmosphère se révéla plus animée qu’ils ne l’auraient cru. Dans les salons de seconde classe, où ils avaient leurs habitudes, on discutait politique et progrès avec un sérieux presque studieux. L’Europe fascinait autant qu’elle inquiétait. On évoquait les pleins pouvoirs récemment accordés à Mussolini, certains y voyant une dérive dangereuse, d’autres une nécessité pour rétablir l’ordre. On raillait un obscur pamphlet allemand que peu prenaient encore au sérieux. On débattait du procès Scopes et de l’enseignement de l’évolution, comme si l’avenir de la civilisation dépendait de ces échanges autour d’un café trop clair et de cigares bon marché. On parlait aussi d’art moderne, du jazz qui traversait l’Atlantique et du succès de Joséphine Baker à Paris. Le monde semblait en mutation, vibrant d’idées nouvelles et de tensions sourdes.

Durant les deux premiers jours, l’océan demeura d’un calme presque irréel. La mer s’étendait, lisse et indifférente, sous un ciel pâle. Rien ne troubla la quiétude de la traversée, et même les plus superstitieux des passagers finirent par se laisser gagner par une confiance tranquille.

Ce fut au soir du troisième jour que l’équilibre se fissura.

Photo table de jeu de rôle de l'Appel de Cthulhu Pulp

Au cours du dîner, un steward remit à Charlotte Bouchard une petite carte de visite. Elle la parcourut brièvement, puis la glissa dans sa poche sans un mot. Elle prétexta la fatigue et quitta la table plus tôt qu’à l’ordinaire. Emile, qui avait surpris quelques mots inscrits sur le carton, lui emboîta discrètement le pas. Frère Luke remarqua presque aussitôt l’homme, accoudé au bar, qui se levait pour partir. Il ne sut dire pourquoi son regard s’était posé sur lui, sinon par une intuition désagréable. La démarche chaloupée, les épaules massives, les traits épais et luisants lui rappelèrent avec une netteté écœurante certains habitants de Black Gull Island. L’homme disparut dans un couloir sans se retourner.

Charlotte comprit rapidement qu’elle était suivie. Elle accéléra le pas, bifurqua, puis s’enferma dans sa cabine après s’être assurée qu’Emile l’avait bien vue refermer la porte. L’agent, feignant l’indifférence, abandonna la filature et gagna le pont pour fumer une cigarette, cherchant à mettre de l’ordre dans ses pensées.

La nuit était tombée sans lune. Le paquebot avançait dans une brume épaisse qui étouffait les sons et avalait les lumières. C’est alors que des marins signalèrent des bruits étranges provenant de l’eau. En tendant l’oreille, Emile crut percevoir, lui aussi, quelque chose - un murmure continu, changeant de tonalité, comme un chuchotement immense et diffus. Il lui sembla, l’espace d’un instant, que l’océan respirait autour du navire.

Quelques passagers présents sur le pont évoquèrent une odeur inhabituelle, salée mais teintée d’un arrière-goût métallique. D’autres jurèrent avoir aperçu des silhouettes sombres à la surface, des formes qui disparaissaient sitôt qu’on tentait de les fixer. On parla de dauphins, on tenta de plaisanter, mais les rires sonnèrent creux.

La mer demeurait pourtant calme.

Et malgré cela, un frisson inexplicable parcourut ceux qui s’attardèrent trop longtemps à observer l’eau noire glissant le long de la coque. Comme si, sous le RMS Samaria, quelque chose suivait le navire - patient, invisible, et infiniment attentif.


Un petit-déjeuner tendu

Le lendemain des événements troublants survenus dans la brume, le petit-déjeuner fut pris en commun dans les salons de seconde classe du RMS Samaria. L’agitation feutrée des autres passagers contrastait avec la gravité qui pesait sur leur table. Frère Luke décida de rompre le silence. D’une voix calme mais ferme, il signifia à Charlotte qu’elle ne pouvait plus se permettre la moindre cachotterie. Les circonstances exigeaient qu’ils jouent cartes sur table ; ce qu’ils avaient affronté par le passé ne leur laissait plus le luxe du doute ou des secrets.

Il leur révéla alors qu’il avait identifié l’homme à l’origine du billet comme appartenant au peuple des Deep Ones - les Profonds - ces créatures liées au culte de l’île où ils avaient bien failli perdre la vie. Les traits, la démarche, cette impression visqueuse et malsaine ne laissaient selon lui aucune place à l’erreur.

L’agent Emile Appeltown saisit aussitôt l’occasion d’interroger Charlotte. Il voulut savoir ce qu’elle avait découvert en regagnant sa cabine. L’archéologue soutint leurs regards sans fléchir et affirma qu’elle n’y avait trouvé rien de particulier, qu’aucune présence ne l’y attendait. Nora Russo, qui partageait sa cabine durant la traversée, confirma n’avoir rien remarqué d’anormal lorsqu’elle l’avait rejointe plus tard dans la soirée.

Les faits furent ainsi posés, les mots échangés sans éclat de voix. Pourtant, une tension nouvelle s’insinua entre Charlotte et Frère Luke. Lui qui l’avait toujours soutenue semblait désormais douter, et ce doute, plus que les reproches, creusait un fossé silencieux entre eux.

Les jours suivants s’écoulèrent sans incident majeur. La mer resta clémente et le ciel, d’un gris uniforme, accompagna le paquebot jusqu’aux abords des côtes britanniques. Toutefois, une rumeur persistante se propagea dans les coursives de seconde classe. Plusieurs passagers affirmèrent avoir aperçu, à la faveur d’un éclairage vacillant, une silhouette profondément troublante : une forme humanoïde mais difforme, tapie dans les angles des couloirs ou près des cages d’escalier. On ne distinguait nettement que ses yeux globuleux, réfléchissant la lumière comme des prismes dans l’ombre.

Par précaution, quelques hommes d’équipage effectuèrent des rondes discrètes, inspectant les recoins et interrogeant les témoins. Ils ne découvrirent aucune trace, aucun indice tangible. L’affaire fut finalement reléguée au rang des histoires de mer, nées d’esprits échauffés par l’alcool et l’imagination.

Mais parmi les investigateurs, nul ne se montra véritablement rassuré.


Arrivée à Liverpool et contretemps - 12 & 13 mars 1927

Le RMS Samaria accosta à Liverpool le 12 mars, en milieu de journée, sous un ciel bas chargé d’humidité. La traversée s’achevait enfin, et avec elle l’illusion d’un répit. Le passage devant les agents des douanes, qui aurait dû n’être qu’une formalité, faillit pourtant tourner au drame.

Les contrôles se révélèrent plus rigoureux que prévu. Les agents portuaires inspectaient les papiers avec minutie et procédaient à des fouilles sélectives des bagages. Michèle et Nora remarquèrent que, lorsque Frère Luke présenta sa pièce d’identité, aucun commentaire ne fut formulé, aucune question ne lui fut adressée. Le document sembla suffire à lui ouvrir le passage sans la moindre hésitation.

La malchance, en revanche, s’acharna sur Charlotte.

Illustration d'un médaillon aztèque générée par IA comme aide de jeu lors d'une partie de l'Appel de Cthulhu Pulp
Son sac de bord fut ouvert et méthodiquement fouillé. À l’intérieur, les agents découvrirent un talisman aztèque en or, serti de pierres dont la nature précieuse ne faisait aucun doute. La pièce était remarquable, ancienne, et manifestement authentique. Prise de court, Charlotte balbutia une explication confuse, prétendant qu’il s’agissait d’une copie destinée à l’étude. L’argument convainquit peu. Il n’était nul besoin d’être expert pour distinguer un original d’une imitation.

La situation s’envenima rapidement. Une bourrasque de vent glacé s’engouffra soudain dans le hangar, soulevant les pans des manteaux et faisant vaciller les papiers sur les bureaux improvisés. Luke, Nora et Michèle reconnurent aussitôt les signes annonciateurs d’une possible crise - ces accès durant lesquels Charlotte semblait appeler à elle des forces qui la dépassaient.

Frère Luke s’avança d’un pas, prêt à intervenir physiquement si la situation dégénérait. Plusieurs agents saisirent leurs matraques, alarmés par l’attitude de l’archéologue et par l’atmosphère oppressante qui s’installait.

Ce fut Emile Appeltown qui désamorça la crise. Jouant sans hésiter la carte du Federal Bureau of Investigation, il affirma escorter Charlotte dans le cadre d’une mission liée à un chantier archéologique. Son aplomb et son autorité eurent raison des soupçons immédiats. Après d’âpres échanges, il fut convenu que le talisman serait saisi à des fins d’expertise et qu’une somme de cinquante livres serait versée à titre conservatoire. Emile se porta garant pour Charlotte et dut préciser avec exactitude la destination du groupe : New Radnor, au pays de Galles.

Peu à peu, Charlotte parvint elle aussi à retrouver son calme. Le froid qui semblait avoir accompagné son agitation se dissipa, comme aspiré hors du hangar par le vent maritime.

Hélas, ces démarches administratives avaient occasionné un retard considérable. Lorsqu’ils quittèrent enfin le port, la fin d’après-midi était déjà bien avancée, trop tard pour espérer rejoindre Londres dans la journée. Ils durent se résoudre à passer la nuit dans un hôtel proche de la gare.

Frère Luke s’absenta un moment, prétextant quelques affaires personnelles. À son retour, son visage trahissait une inquiétude contenue. Il leur annonça qu’un membre de son ordre devait les accueillir à leur arrivée, mais qu’il n’en avait trouvé aucune trace. Il les informa aussi qu'une expédition archéologique les avait précédés à New Radnor et que des fouilles étaient conduite dans l'ancienne forteresse du village. Quoiqu'il en soit, Luke tenta de se convaincre que le retard pris lors du débarquement expliquait l'absence de Frère Aldous qui était simplement retourné à New Radnor. Pourtant, malgré ses paroles rassurantes, un doute persistait dans son regard. 


Arrivée à New Radnor

Le lendemain, toujours sans la moindre nouvelle de Frère Aldous, les investigateurs résolurent d’organiser eux-mêmes la suite de leur voyage. Ils prirent un train pour Londres, puis une correspondance en direction de Presteigne. Le wagon de seconde classe à destination de la petite ville galloise était rempli de voyageurs ordinaires : hommes d’affaires en manteaux sombres, familles chargées de paniers, provinciaux au regard curieux. Le bois des banquettes, poli par des générations de passagers, luisait faiblement sous la lumière diffuse, et un tapis sombre étouffait le bruit des pas dans l’allée étroite.

Le train s’ébranla dans un grincement léger. Bientôt, la vibration régulière des rails sous leurs pieds berça les esprits fatigués. Emile tenta de profiter du trajet pour en apprendre davantage sur le mystérieux médaillon aztèque en possession de Charlotte, évoquant avec insistance les risques qu’un tel objet pouvait représenter. Mais l’archéologue éluda ses questions avec une froideur maîtrisée, sous le regard désapprobateur de Frère Luke, qui n’ignorait rien des dangers que recelaient certains artefacts.

Derrière les vitres, le paysage se transforma peu à peu à mesure que le train s’éloignait des centres urbains. Les champs ordonnés cédèrent la place à des étendues plus sauvages, dominées par l’herbe rase et la bruyère. Les collines ondulaient doucement, presque dépourvues d’arbres, comme si la terre avait été laissée inachevée. De maigres murets de pierre sèche serpentaient à travers les landes, suivant une logique oubliée. Par endroits, l’eau affleurait à la surface du sol, formant des mares sombres qui reflétaient le ciel sans le troubler. On distinguait à peine quelques fermes isolées, et de rares silhouettes de moutons, immobiles dans le vent.

Le train ralentissait dans les montées, comme à contrecœur. Le paysage semblait absorber les sons, et même la vapeur de la locomotive paraissait hésiter à s’élever dans l’air froid. L’impression s’imposait, diffuse et inexplicable, qu’ils entraient dans une région où le temps s’écoulait autrement.

En fin de journée, ils atteignirent Presteigne, petite bourgade dont il était possible de faire le tour en un quart d’heure. Autour de la gare se regroupaient les principaux bâtiments : le poste de police, la banque, une quincaillerie, la chapelle Saint Andrew. Faute de moyen rapide pour rejoindre New Radnor, ils décidèrent de s’installer pour la nuit au The Radnorshire Arms, établissement respectable et bien tenu. Ils y apprirent que New Radnor se trouvait à trois heures de marche, sans ligne régulière pour s’y rendre. Le tenancier, d’une amabilité prudente, leur proposa les services d’un paysan du cru qui accepterait de les conduire, avec armes et bagages, à bord de sa charrette le lendemain.

Carte imagée et fictive du village de New Radnor en 1924 - Aide de jeu pour  le JDR l'Appel de Cthulhu

Ce fut sous un ciel étonnamment clair que, le lundi 14 mars 1927, Frère Luke et ses compagnons découvrirent enfin New Radnor.

Le village apparut au détour d’un chemin étroit, blotti au creux des collines. Il se composait de quelques rues et de maisons basses en pierre grise, aux toits d’ardoise sombre qui semblaient absorber la lumière. L'une des plus vastes demeures affichait fièrement un flamboyant toit de chaume. " C'est le pub du dragon noir" indiqua leur guide. " là où vous allez loger, j'pense" .  L’ensemble dégageait une impression de quiétude et de calme.

Un peu en retrait, sur une hauteur naturelle, se dressait la silhouette massive d’un château en ruine. Ses murs partiellement écroulés demeuraient imposants et dominaient le village sans l’écraser. Même délabré, l’édifice attirait le regard, vestige d’une autorité ancienne que nul ne paraissait avoir complètement oubliée.

L’église se tenait plus bas, au cœur du bourg, son clocher trapu contrastant avec les lignes brisées de la forteresse. Peu de villageois étaient visibles. Ceux qu’ils croisèrent les observèrent brièvement, sans hostilité ni chaleur, avant de reprendre leurs occupations.

Le vent descendait des collines, chargé d’odeurs d’herbe humide et de pierre froide. Les hauteurs encerclaient New Radnor de toutes parts, formant une sorte d’écrin naturel dont il était difficile de déterminer s’il protégeait le village… ou s’il l’isolait du reste du monde.



Première journée

Comme l’avait pressenti leur guide, les investigateurs prirent leurs quartiers à l’enseigne du Black Dragon. En franchissant le seuil, la chaleur les enveloppa aussitôt, dissipant l’humidité des collines. La salle principale, vaste mais basse de plafond, était traversée de lourdes poutres noircies par les années et la fumée. Un large foyer de pierre occupait l’un des murs ; un feu y brûlait presque en permanence, et l’odeur mêlée du bois, du charbon, de la bière et des plats mijotés composait un parfum rassurant, presque hors du temps.

Portrait de Mrs. Margaret Hughes, personnage fictif, tenancière du pub le Dragon Noir lors d'une partie de l'Appel de Cthulhu
Le bar, en bois sombre poli par les coudes et les verres, s’étirait le long du mur gauche. Derrière lui, des étagères soigneusement ordonnées présentaient bouteilles, cruches d’étain et quelques verres suspendus. Rien d’ostentatoire, mais une propreté et une rigueur qui inspiraient confiance.

Ils furent accueillis par Mrs. Margaret Hughes, veuve énergique au sourire franc. Elle ne manifesta guère de surprise à leur arrivée et annonça d’emblée que Frère Aldous avait réservé une chambre double à l’attention de Frère Luke. Toutefois, le groupe se révélait plus nombreux que prévu ; il ne restait plus qu’une autre chambre double disponible, ainsi qu’une place dans le commun. Les investigateurs s’en accommodèrent sans protester.

Luke profita de l’occasion pour prendre des nouvelles de Frère Aldous. Mrs. Hughes répondit qu’il n’avait pas reparu depuis plusieurs jours, bien qu’il eût réglé d’avance les deux chambres pour toute la semaine. L’information, livrée sur un ton neutre, n’en éveilla pas moins une inquiétude silencieuse.

Après avoir déposé leurs affaires, ils revinrent dans la salle pour un copieux déjeuner. Ils firent alors la connaissance des deux autres employés de l’auberge : le jeune Ianto, fils de la tenancière, garçon discret mais peu amène, et Bethan, pétillante et vive, dont l’entrain contrastait avec la réserve des villageois aperçus plus tôt.

C’est à cet instant qu’un homme descendit l’escalier menant aux chambres.

Il était d’une cinquantaine d’années, sec et nerveux, au visage étroit et anguleux. Ses pommettes saillantes et son sourire fin lui donnaient une expression difficile à cerner, oscillant entre ironie et amusement permanent. Il salua Mrs. Hughes d’un signe de tête, puis posa sur les investigateurs un regard curieux avant de s’approcher.

Un sourire plus large éclaira ses traits lorsqu’il se présenta, dans un anglais teinté d’un fort accent allemand, comme le professeur Wurst, du musée de Stuttgart, actuellement engagé dans des fouilles au château dominant le village. Charlotte salua son confrère avec courtoisie et évoqua l’un de ses contacts au musée. Wurst répondit que l’homme se portait à merveille et mentionna même les dernières recherches qu’il conduisait, confirmant ainsi sans ambiguïté la légitimité de son affiliation.

Portrait de Ludolf Reinhard, pnj fictif, lors d'une partie de l'appel de Cthulhu pulpportrait du Pr. Zeryl Wurst, PNJ fictif créé pour le partie de l'Appel de Cthulhu

L’échange fut interrompu par un bruit de moteur et le crissement de pneus devant l’auberge. La porte s’ouvrit brusquement, laissant entrer une bouffée d’air frais et un jeune homme à l’allure martiale, d’une trentaine d’années à peine, vêtu d’une tenue à la coupe militaire impeccablement ajustée. Il s’arrêta un instant sur le seuil, balaya la pièce du regard, puis s’avança d’un pas ferme.

Wurst salua brièvement les investigateurs avant de rejoindre le nouveau venu, qui claqua des talons en guise de salut. Le geste, sec et mécanique, trancha avec la simplicité rustique du lieu. Les deux hommes échangèrent quelques mots avant de quitter l'établissement.

Face aux regards interrogateurs de leurs hôtes, Mrs. Hughes précisa d’un ton anodin que le jeune homme était M. Reinhart, le secrétaire du professeur.  

Après un repas simple mais copieux au Black Dragon, les investigateurs décidèrent de consacrer l’après-midi à la découverte de New Radnor et de ses principaux lieux d’intérêt : l’église, les ruines du château et les pierres levées mentionnées par plusieurs habitants. L’expédition s’organisa toutefois dans un certain désordre. Chacun prit ses propres initiatives et le groupe se dispersa rapidement, sans véritable souci de discrétion.


  • Exploration du village

Avant de quitter l’auberge, l’agent Emile Appeltown échangea quelques mots avec la jeune Bethan, non sans un certain charme auquel la serveuse se montra sensible. Rouge jusqu’aux oreilles, elle lui confia que Frère Aldous lui avait laissé un tube destiné à Frère Luke au cas où celui-ci viendrait à manquer leur rendez-vous. Elle promit de remettre le document à Emile une fois son service terminé.

    • Visite à l'église et au cimetière  

Pendant ce temps, Michèle et Nora choisirent de se rendre à l’église du village et dans le cimetière qui l’entourait.

L'église de Saint Stephan de New Radnor, bâtiment fictif utilisé dans le cadre d'une partie de l'Appel de Cthulhu

L’église paroissiale dominait légèrement New Radnor depuis une terrasse rocheuse. Le bâtiment portait la marque de plusieurs époques : une reconstruction du XIXᵉ siècle avait donné aux murs une apparence plus régulière, mais certaines pierres plus anciennes, plus sombres et grossièrement taillées, trahissaient l’existence d’un édifice bien plus ancien, dont les fondations remonteraient au XIIᵉ siècle. Autour de l’église s’étendait un petit cimetière aux tombes modestes, souvent anciennes et parfois à moitié effacées par le temps. L’endroit était silencieux, balayé par un vent léger venu des collines.

En longeant le mur sud de l’édifice, les deux femmes remarquèrent rapidement une anomalie architecturale : une ancienne porte romane dont l’arc demeurait parfaitement visible, mais qui avait été murée par des blocs de pierre manifestement ajoutés bien plus tard. Au-dessus de cette arche condamnée était enchâssée une tête sculptée, d’aspect presque primitif. Le visage représenté avait les yeux clos, et les paupières semblaient cousues.


À quelques mètres de là se dressait un monolithe de pierre noire, planté dans le sol comme une borne très ancienne. La roche contrastait avec le schiste local : plus sombre, presque lisse au toucher, et surtout anormalement froide malgré le soleil de l’après-midi. La mousse et les lichens qui le recouvraient dissimulaient en partie une inscription gravée. Après les avoir écartés, Michèle et Nora purent lire un texte latin :

Lux ab Oriente venit, sed clavis in verbis Eius latet, qui cum gladio et libro venit.
Oculi clausi sunt, ianua caementis obmurata est.
Numeri Domus Dei ducent ad verbum, ex libro non nostro sumptum, ad locum ubi custos tacitus vigilat.

Les deux femmes discutèrent longuement du sens de ces phrases sans parvenir à s’accorder sur leur interprétation. Frère Luke, consulté plus tard dans la soirée, en proposa une traduction plus claire :

« La lumière vient de l’Orient, mais la clé est dans la parole de Celui qui vint avec l’épée et avec le livre.
Les yeux sont clos, la porte est murée.
Les nombres de la Maison de Dieu conduiront au mot, tiré du livre qui n’est pas le nôtre, vers le lieu où le gardien muet veille. »


Fortes de ce premier indice, qui faisait clairement écho aux visions de leur compagne disparue Emma, Michèle et Nora décidèrent d’entrer dans l’église.

En poussant la lourde porte de bois, elles furent aussitôt enveloppées par une fraîcheur paisible. L’air y était immobile, chargé d’une odeur discrète de pierre ancienne et de cire. Les bruits du village s’éteignirent derrière elles, remplacés par un silence profond, presque feutré, comme si les murs eux-mêmes absorbaient les sons. Absorbées par leur curiosité, elles ne remarquèrent même pas immédiatement la présence du pasteur et commencèrent à examiner les lieux.

Vitrail fictif de l'église de New Radnor représentant deux templiers tenant un sceau des Anciens lors d'une partie de l'Appel de Cthulhu Pulp
Leur attention fut presque aussitôt attirée par un vitrail remarquable. La scène représentée leur était étrangement familière : elle reprenait presque trait pour trait une gravure qu’elles avaient étudiée quelques semaines plus tôt dans un fragment du manuscrit De Domus Silencii, daté d’environ 1288. Michèle observa cependant une différence subtile entre les deux représentations. Sur le vitrail apparaissaient deux chiffres romains : V – III.

C’est à ce moment que le pasteur de la paroisse, Alastair Morgan, s’approcha d’elles. L’homme se montra d’un abord cordial et ne sembla nullement surpris de trouver des visiteurs examinant son église avec autant d’attention. Selon lui, la présence ancienne des Templiers dans la région attirait régulièrement des chercheurs et des érudits.

Il leur signala alors un autre élément remarquable du bâtiment : un gisant de pierre placé non loin du chœur. La statue représentait un homme allongé, les mains jointes sur la poitrine, le visage tourné vers le plafond. Les traits étaient fins, presque austères, et l’expression figée évoquait davantage la méditation que la mort. La figure portait une tenue religieuse simple, dont les plis restaient encore visibles malgré l’usure de la pierre.

Le pasteur précisa qu’il ne s’agissait pas d’un chevalier du Temple, mais d’un chapelain. Les chapelains, expliqua-t-il, étaient les gardiens de la chapelle consacrée à la Vierge Marie : gardiens du bâtiment de pierre, mais aussi de l’Église au sens plus large du peuple de Dieu.

Un détail cependant retint particulièrement l’attention des investigatrices. Sur la poitrine du gisant, là où l’on aurait attendu un symbole chrétien ordinaire, la pierre présentait un motif plus étrange. Une croix pattée s’y trouvait bien sculptée, mais elle semblait s’entrelacer avec une forme courbe, presque lunaire, qui n’appartenait pas à l’iconographie chrétienne habituelle.

En examinant la statue de plus près, Nora distingua une autre série de chiffres gravée dans la pierre : 84 - 3. L’inscription était difficile à lire. Elle était très usée, partiellement dissimulée par l’ombre et se confondait presque avec les plis de la robe sculptée.

Portrait du Père Alastair Morgan, personnage fictif, utilisé dans le cadre d'une partie de l'Appel de Cthulhu PulpPortrait du sacristain Evan Pritchard, pnj crée pour une partie de l'Appel de Cthulhu

Après avoir mémorisé ces détails, Michèle et Nora prirent congé du pasteur Morgan. Au moment de quitter l’église, elles croisèrent également son sacristain, Evan Pritchard, qui venait de rejoindre les lieux. Les deux femmes regagnèrent ensuite le village, bien décidées à partager leurs découvertes avec leurs compagnons.


  • Visite des ruines
Tandis que Nora et Michèle poursuivaient leurs recherches dans l’église, Frère Luke laissa ses pas le conduire vers les ruines du château, Charlotte lui emboîtant le pas. Après près d’une heure de marche, ils atteignirent la pente qui menait aux vestiges.

Les ruines dominaient les terres environnantes depuis une éminence douce. On y accédait d’abord par un sentier étroit, creusé par les siècles et les passages répétés du bétail et des promeneurs. Un peu plus haut, ce chemin rejoignait une piste plus large, manifestement dégagée récemment : la terre tassée y portait les traces profondes de pneus, preuve que les véhicules du chantier parvenaient désormais jusqu’aux abords des ruines.

À mesure qu’ils approchaient, les vestiges prirent forme : pans de murs épais percés d’ouvertures béantes où les fenêtres avaient disparu depuis longtemps. Certaines sections tenaient encore debout sur plusieurs mètres, d’autres n’étaient plus que des lignes de pierre affleurant l’herbe.

La maçonnerie était massive, composée de blocs irréguliers assemblés sans élégance particulière mais avec une solidité médiévale évidente. Le lierre et la mousse avaient colonisé les parties les plus exposées, et par endroits la pierre s’effritait sous les doigts.

Tatouage d'une rose avec croix noir utilisé dans le cadre d'une partie de JDR l'Appel de Cthulhu
Ils ne purent toutefois aller plus avant. Deux solides gaillards, constatant leur venue, s’interposèrent aussitôt entre eux et la cour intérieure. Frère Luke remarqua immédiatement les tatouages visibles sur leurs avant-bras : une rose dont le cœur était marqué d’une croix noire, signe évident d’appartenance à un même groupe.

Derrière eux, l’organisation du camp apparaissait clairement. Installé dans un angle protégé du vent, le dispositif était méthodique. Trois tentes de toile épaisse, d’un modèle rappelant l’équipement militaire, étaient solidement haubanées entre deux pans de mur encore debout. La toile était propre, parfaitement tendue, sans trace d’improvisation.

Un camion utilitaire était stationné à proximité d’une ouverture latérale des ruines. Sa bâche avait été soigneusement roulée et attachée. À l’arrière, plusieurs caisses en bois étaient arrimées avec méthode. Certaines portaient des numéros peints à la main, d’autres restaient anonymes.

Près de la tente principale, une table pliante supportait des cartes, des carnets et divers instruments de mesure. Des pioches et des pelles étaient alignées contre un mur, propres - presque trop propres pour un chantier en plein air.

Les hommes présents ne ressemblaient guère à des ouvriers locaux. Leurs vêtements étaient simples mais robustes : pantalons épais, bottes montantes, vestes sombres dont certaines évoquaient des coupes quasi militaires. Leurs carrures étaient massives, leurs mains larges, leurs épaules solides. Plusieurs arboraient la coupe de cheveux courte typique des casernes.

Figurines d'investigateurs du jeu Cthulhu: Death may die, mis en scène face à un soldat allemand du jeu 7 TV pulp
Frère Luke et Charlotte expliquèrent qu’ils avaient été invités par le professeur Wurst à visiter le chantier, mais les gardes ne se laissèrent pas convaincre. Charlotte remarqua néanmoins qu’aucun ne portait d’arme à feu - seulement, pour l’un d’eux, un nerf de bœuf glissé à la ceinture.

Finalement, le secrétaire du professeur intervint et confirma que l’accès au chantier leur était refusé. Il accepta toutefois d’aller prévenir le professeur Wurst.

Quelques minutes plus tard, ce dernier arriva, sourire aux lèvres. Il expliqua qu’il devait y avoir eu malentendu : si invitation il y avait eu, une visite sur un chantier de fouilles devait s’anticiper, ne serait-ce qu’en raison des risques encourus par des visiteurs.

Luke et Charlotte firent contre mauvaise fortune bon cœur et prirent congé, non sans indiquer qu’ils espéraient avoir l’occasion de discuter avec lui plus tranquillement au pub dans la soirée.

Sur le chemin du retour, Charlotte confirma que, pour le peu qu’elle avait pu observer, il s’agissait bien d’un chantier de fouilles archéologiques. L’organisation était méthodique et clairement professionnelle. Le professeur Wurst n’était manifestement pas un amateur.


  • The four Stones

Après avoir un temps accompagné Frère Luke et Charlotte sur la route du château, l’agent Emile rebroussa chemin. Il estima que le service de midi de la jeune Bethan devait être terminé et retourna au pub.

Portrait du PNJ Bethan Price lors d'une partie de l'Appel de Cthulhu
La jeune femme rougit immédiatement en le voyant. Peu habituée à faire l’objet d’une attention aussi galante, elle balbutia quelques mots avant de sortir d’un petit casier un tube de carton qu’elle remit à l’agent. Emile la remercia d’un ton charmeur, glissa le tube sous sa veste et prit congé.

Une fois suffisamment éloigné des habitations, il jeta un œil à l’intérieur. Le document contenait des extraits de chroniques anciennes. Il grimaça légèrement : ce genre de lecture serait plus du ressort de Michèle ou de Frère Luke.

Il se mit alors en route vers le site des pierres dressées, situé à environ trois kilomètres d’Old Radnor, sur la route entre Kinnerton et Walton.

En chemin, Nora le rejoignit : elle l’avait aperçu alors qu’elle revenait de l’église. Emile nota immédiatement que la détective n’était pas vraiment équipée pour marcher dans une zone réputée marécageuse. Lui-même portait un pantalon épais et de hautes bottes, ce qui lui donnait presque l’allure d’un jeune fermier britannique.

Après près d’une heure de marche et la traversée du hameau de Kinnerton, ils atteignirent le site.

Une petite butte émergeait au milieu des marais environnants, isolée dans les terres tourbeuses. Le sol était sombre, spongieux, parcouru de flaques et de canaux étroits bordés de joncs. Emile s’aventura dans la tourbe pour rejoindre la butte, laissant Nora suivre plus prudemment.

Au sommet se dressaient quatre pierres levées de couleur noire, étonnamment lisses et différentes des roches locales. Leur hauteur variait d’un peu plus d’un mètre à près de deux mètres. L’une d’elles portait trois cupules gravées dans sa surface : de petites cavités circulaires de quelques centimètres de diamètre.

Les pierres semblaient soigneusement taillées et leur matériau paraissait étranger à la région.

En observant les cupules, Nora fit remarquer qu’elles semblaient former un alignement avec l’église du village. Emile le confirma en regardant à travers l’une des cavités. La pierre marquée semblait également s’aligner avec Hindwell Pool, une légère dépression marécageuse où l’eau stagnait, visible entre les saules.

L’endroit dégageait une impression étrange, difficile à définir, comme une tension sourde dans l’air. Aucun des deux investigateurs ne parvint à expliquer ce sentiment.

Après quelque temps, ils décidèrent de rentrer au pub. Le soleil commençait à décliner, les ombres s’allongeaient sur le marais et la fatigue du voyage se faisait sentir.


Soirée au pub

En fin de journée, les investigateurs se retrouvèrent à l’auberge du Dragon Noir. La salle était animée et chaleureuse. Autour d’une tourte à la viande accompagnée de bière locale, ils engagèrent la conversation avec quelques villageois au sujet des Four Stones. Les récits ne tardèrent pas à affluer.

Carte des boissons et repas du Pub du dragon noir - aide de jeu pour le JDR l'appel de Cthulhu

Selon la légende la plus répandue, les pierres marqueraient les tombes de quatre rois tombés lors d’une grande bataille. Mais certains habitants reconnaissaient volontiers qu’il s’agissait sans doute d’une histoire racontée aux visiteurs.

D’autres évoquaient une tradition plus étrange : lorsque les cloches de l’église sonnent au crépuscule, les pierres quitteraient leur emplacement pour aller « boire » à Hindwell Pool, la grande mare des marais voisins.

Un vieil habitant du village apporta enfin une variante plus troublante. Selon lui, les pierres étaient autrefois au nombre de cinq. La cinquième se trouvait au centre du cercle, mais elle aurait été retirée il y a très longtemps pour être transportée à l’église par des moines. Depuis lors, affirma-t-il d’un ton grave, « le cercle n’est plus fermé comme il devrait l’être… surtout les nuits sans lune ».

  • Les écrits de Frère Aldous

Plus tard dans la soirée, alors que l’agitation du pub retombait, Frère Luke lut à ses compagnons les documents contenus dans le tube récupéré par Emile.

Il s’agissait d’extraits de la Chronique des Marches de Radnor ainsi que d’un texte intitulé De la Purification de Radnor et du Sacrifice des Neuf, présenté comme la confession d’un ancien sergent du Temple. Le contenu glaça les investigateurs.

Les textes décrivaient la présence, au XIIᵉ siècle, d’une entité que les Templiers auraient combattue dans la région : un Dragon, créature ancienne liée à la terre elle-même que les investigateurs associèrent à un Lloigor. Selon la chronique, les chevaliers auraient réussi à la contenir – peut-être à la vaincre – avec l’aide d’un savant venu d’Orient, Al-Mu’allim Hassan ibn Ishaq. La créature n’aurait pas été détruite, mais endormie.

Cette mention d’un érudit musulman éclairait soudain un détail observé plus tôt dans l’église : le symbole étrange gravé sur la poitrine du gisant du chapelain, où la croix pattée semblait s’entrelacer avec un croissant.

Les investigateurs rapprochèrent également plusieurs indices : les nombres gravés, la mention d’un « livre qui n’est pas le nôtre » dans l’inscription du cimetière, et les découvertes faites dans l’église.

Tous en vinrent à la même conclusion : le texte faisait probablement référence au Coran, et les nombres correspondraient à des sourates.

Peu à peu, les visions de leur regrettée compagne Emma semblaient prendre un sens plus précis : la terre qui respire, les tourbières, l’homme aux yeux cousus - peut-être Guy de Clare, décrit dans la chronique comme « un conduit, un ulcère par lequel la vallée exhalait sa malice ».

Pour Emile et Nora, les pierres d’Hindwell pourraient également être liées à un phénomène céleste. Leur alignement avec l’église semblait trop précis pour être accidentel. La lune, peut-être, jouait un rôle dans ce dispositif ancien.

L’enquête avançait, mais les questions restaient nombreuses - et tous n’étaient pas prêts à accepter les mêmes réponses.

A suivre



Notes du Gardien

Cette aventure est une création originale et les événements & personnages décrits ici sont bien sûr fictifs. Toutefois, j’aime ancrer mes scénarios dans un cadre aussi réel que possible. L’univers de jeu reste donc très proche du nôtre, et plusieurs éléments mentionnés dans ce récit existent réellement.

Après quelques recherches, j’ai choisi de situer cette partie à New Radnor, une petite localité bien réelle du Pays de Galles. Si vous avez l’occasion d’y passer un jour, vous pourrez constater que certains lieux décrits dans l’aventure sont authentiques. Les pierres dressées évoquées dans le récit se trouvent bien dans la région. Une inscription est également visible sur une pierre du cimetière, même si elle n’a évidemment rien à voir avec le Mythe de Cthulhu. L’étrange visage sculpté au-dessus d’une porte murée de l’église existe lui aussi - dans la réalité, ses paupières ne sont pas cousues, je me suis permis une petite liberté pour l’ambiance. Quant à l’histoire des pierres qui se déplaceraient la nuit pour aller boire à la mare, elle s’inspire directement de certaines légendes galloises.

Bref, j’aime quand la frontière entre réalité, folklore et fiction devient un peu floue. Cela donne souvent aux joueurs l’impression que l’histoire pourrait presque être vraie… ce qui est toujours agréable dans une partie de L’Appel de Cthulhu.

Concernant les illustrations qui accompagnent cet article, j’ai fait appel à une IA. Si je sais - en toute modestie — construire une intrigue, je dois reconnaître que mes talents de dessinateur sont proches du néant cosmique. La photo de notre table de jeu a également été modifiée afin que mes amis ne soient pas identifiables, mais aussi pour transformer mon salon en cabine de paquebot. En revanche, les figurines et les décors visibles sur l’image proviennent bien de ma collection personnelle.

Votre serviteur
CaptainLille

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