vendredi 3 avril 2026

✦ JDR Cthulhu Pulp - Campagne Genius Loci

 Naufrage sur Black Gull Island : la croisière s'amuse


Prologue — Dans les épisodes précédents

Suite au drame survenu à Danvers, les investigateurs réunis autour de Charlotte Bouchard, la célèbre archéologue de l’université d’Arkham, avaient attiré l’attention du FBI.

Si les agents fédéraux n’avaient pu formellement prouver l’implication directe des investigateurs dans la mort du directeur de l’établissement ainsi que d’une quinzaine de patients, l’affaire n’avait pas été sans conséquence.

Le suicide bien commode de Pietro Alessandro - l’un des amis de Charlotte - qui, dans une lettre, avait pris sur lui la responsabilité de la totalité des morts, n’avait guère convaincu les agents fédéraux. Si aucune sanction pénale n’avait été appliquée, la sanction sociale, elle, ne s’était pas fait attendre.

Charlotte, enseignante d’origine canadienne, avait vu l’université mettre fin à son contrat. Nora Belluni, la détective privée de Kingsport, s’était vu suspendre son autorisation d’exercer. Michèle Mayers, la linguiste britannique, avait vu son permis de travail suspendu, assorti d’une menace d’expulsion.

Seul Frère Luke O’Malley et sa protégée Emma semblaient être passés au travers des mailles du filet. Pourtant, le FBI nourrissait de forts soupçons à l’égard de l’homme d’Église : un prêtre avait été aperçu quittant l’appartement d’Alessandro quelques heures seulement avant la découverte de son suicide par les agents venus l’arrêter. De nombreuses preuves à charge impliquaient l'immigré italien dans le drame de Danvers.

Alors que chacun des protagonistes passait un triste Nouvel An, dans l’attente de la suite des événements, ils eurent la surprise de recevoir un courrier de Frère O’Malley, accompagné d’une réservation pour le navire Princess of Olympus, au départ de New York.


Ce voyage de quelques jours proposait aux voyageurs aisés une croisière le long des côtes enneigées du Massachusetts, dans un cadre luxueux, idéal pour se remettre des festivités de fin d’année.

***

Introduction - Janvier 1927

Au matin du 5 janvier 1927, Charlotte Bouchard, Michèle Mayers, Nora Russo, Emma Clarence et l’inspecteur Edward Doyle découvrirent le Princess of Olympus, un bateau à vapeur de petite taille comparé à certains colosses de l’époque. Il ne mesurait qu’une cinquantaine de mètres de long pour moins d’une dizaine de large et ne possédait qu’une seule cheminée.


Le pont supérieur abritait le poste de commandement et les quartiers des officiers. Le pont principal accueillait un bar, une salle à manger et un salon cossu, parfois animé par un quartet de musiciens et une chanteuse : le quartet Blue Waltz et Miss Lila Blue. Le pont arrière, quant à lui, offrait des chaises longues et un bar extérieur. Lorsque la météo était clémente, les passagers s’y retrouvaient pour jouer aux cartes, au backgammon ou aux échecs.

Sur le quai, Frère Luke, arrivé en avance, observait les passagers - parmi lesquels se trouvaient ses compagnons. Lui aussi avait reçu une invitation, mais celle-ci était signée de la main d’Emma. Le prêtre avait immédiatement compris que l’écriture n’était pas celle de sa pupille. Il soupçonnait une tromperie. Pourtant, depuis la veille, rien de véritablement inquiétant n’avait attiré son attention.

Ce fut avec un sombre pressentiment qu’il se décida finalement à embarquer. Une heure plus tard, le navire s’arracha au quai et mit le cap sur Newburyport.


La croisière s'amuse - 5 & 6 Janvier 1927

Les deux premiers jours de croisière se déroulèrent dans une atmosphère presque paisible. À bord du Princess of Olympus, les investigateurs vécurent au rythme des repas raffinés, des verres partagés au bar et de la musique du quartet Blue Waltz, accompagnée de la voix envoûtante de Miss Lila Blue.

Pourtant, derrière cette ambiance élégante et détendue, une inquiétude persistante rongeait les esprits. Frère Luke avait clairement déclaré qu’il n’avait jamais invité qui que ce soit à bord du navire. Dès lors, les spéculations allèrent bon train parmi les investigateurs. Chacun échafaudait ses propres théories, certaines raisonnables, d’autres franchement alarmistes. Deux idées revenaient sans cesse : soit il s’agissait d’un piège soigneusement préparé et ils étaient tous condamnés, soit quelqu’un les avait réunis pour leur révéler une vérité d’une importance capitale.

Malgré cette tension latente, la vie à bord continuait.

Charlotte Bouchard trouva ainsi une agréable distraction en la personne d’Allan Smalder, un acteur de second rôle bénéficiant d’une petite notoriété et d’un charme certain. De son côté, Nora se découvrit un rival digne d’elle aux échecs : un passager nommé Elmer Downey, avec qui elle enchaîna les parties acharnées dans le salon du navire.

Frère Luke, quant à lui, fit la connaissance d’un personnage pour le moins singulier : le professeur Johan Kerenski. Cet érudit excentrique se révéla être un passionné de paranormal et de métaphysique. Les deux hommes passèrent de longues heures à discuter de phénomènes inexpliqués, de mysticisme et des limites de la connaissance humaine - des conversations aussi fascinantes que troublantes. Quant à Emma, elle croquait les visages des passagers qu'elle croisait dans son petit carnet de croquis.


Pendant ce temps, le Princess of Olympus poursuivait sa route le long des côtes enneigées du Massachusetts, glissant lentement sur une mer d’hiver aussi calme qu’indifférente.

Et si certains passagers profitaient encore de la croisière, d’autres - comme Emma - ne pouvaient se défaire de l’impression tenace que quelque chose, quelque part, n’attendait que le moment propice pour se révéler.


Une journée agitée - 7 janvier 1927

Durant la nuit, la météo se dégrada et le navire commença à être sérieusement balloté par la mer. Le lendemain, à mesure que la journée avançait, la houle se fit de plus en plus forte. Le Princess of Olympus dut bientôt affronter des vagues toujours plus hautes.

Sur la passerelle, le commandant s’appliquait à présenter l’étrave face aux lames afin de limiter les chocs. Pendant un temps, la manœuvre sembla fonctionner. Mais soudain, le navire fit une violente embardée et perdit son cap. Désormais mal orienté, le bâtiment se retrouva exposé aux paquets de mer qui le frappaient par le travers. Chaque vague venait s’écraser contre la coque avec une force brutale, projetant des gerbes d’eau glacée sur les ponts.

À bord, l’atmosphère changea rapidement : la croisière paisible des jours précédents venait brutalement de prendre fin. Dans la confusion, une fillette - qu’Emma avait rencontrée plus tôt durant la croisière - échappa à la surveillance de ses parents et fut emportée par une vague.

Dans une poussée de fol héroïsme, l’acteur Allan Smalder se jeta aussitôt à la mer pour tenter de la sauver, se mettant lui-même en grand danger. La manœuvre était irréfléchie, surtout sans bouée de sauvetage. Très vite, l’acteur commença lui aussi à se noyer, luttant désespérément contre les vagues déchaînées.

Frère Luke et l’inspecteur Morgan réagirent rapidement. Aidés par plusieurs marins, ils parvinrent à jeter des bouées aux deux malheureux. Mais la fillette, trop épuisée, se révéla incapable de saisir celle qui flottait pourtant à portée de main. Sans hésiter, Morgan se jeta alors à son tour à l’eau, une corde solidement nouée autour de la taille. Son geste audacieux permit d’atteindre l’enfant et de la maintenir à flot jusqu’à ce que les marins puissent les hisser tous deux sur le pont.

Entre deux sanglots et hoquets, la fillette expliqua qu’elle avait aperçu quelqu’un se jeter à la mer. C’était pour cela qu’elle était sortie malgré la tempête : pour voir ce qui se passait et donner l’alerte.

Mais il semblait déjà trop tard. Aucun autre corps n’était visible sur la mer déchaînée.

Pendant ce temps, la situation du navire empirait. Le Princess of Olympus prenait de plus en plus de gîte. Interrogé par les investigateurs, le second finit par avouer que le moteur était en panne. Si la situation ne s’améliorait pas rapidement, le navire risquait de chavirer. Les mécaniciens travaillaient à relancer les machines.

Un peu plus tôt dans la journée, à l’heure du thé, Emma avait tiré les cartes pour s’amuser. Elle y avait vu l’image de flots déchaînés… et la présence d’une menace tapie dans un espace clos. Convaincue désormais que sa vision était réelle, elle invita Charlotte et Nora à descendre dans les entrailles du navire. Car, selon elle, ce qui menaçait le Princess of Olympus ne se trouvait pas dans la tempête. Cela se trouvait déjà à bord. 

Et il leur appartenait désormais de sauver le navire.


Combat pour la survie


Alors que Morgan se séchait dans la salle de jeu, désormais remplie de passagers paniqués, Frère Luke discutait avec le second tandis que Michèle ramenait la fillette auprès de ses parents. Pendant ce temps, Emma et Charlotte - bientôt suivies par Nora - s’élancèrent vers la salle des machines.

Frère Luke, qui n’avait pas été informé de leurs intentions, les vit disparaître dans une coursive non sans inquiétude. Un instant halluciné par l’inconscience de ses compagnes, il haussa finalement les épaules et récupéra sa sacoche. Il invita Morgan et Michèle à se préparer à évacuer le navire : les marins commençaient déjà à mettre les canots à la mer, provoquant un vent de panique parmi les passagers.

Pendant ce temps, les trois investigatrices s’enfonçaient dans les entrailles du navire dont elles ne connaissaient absolument pas le plan. Pour atteindre la salle des machines, il leur fallut descendre deux étages et parcourir des coursives métalliques tandis que le bateau était secoué en tous sens par la tempête. Nora fut bientôt distancée par ses amies : une violente secousse du navire la fit chuter du haut d’une plateforme, la retardant dans leur progression.

Charlotte et Emma finirent par atteindre leur objectif. Au cœur de la salle des machines, une impressionnante chaudière alimentait en vapeur d’énormes pistons qui actionnaient un gigantesque arbre à cames. Le corps d’un homme gisait au sol ; une flaque de sang maculait son crâne. Du côté des pistons, un inquiétant nuage de vapeur sifflait en masquant une partie de la pièce.

Alors que Charlotte - bien qu’elle ne possédât aucune compétence particulière en mécanique - se précipitait vers le moteur, un homme surgit de l’ombre et tenta de lui fendre le crâne à l’aide d’une pelle. Emma se porta immédiatement au secours de son amie. Mais la brute, aux traits grossiers et au visage noirci par la suie, était bien plus forte qu’elles. Peu à peu, il prit l’avantage, un sourire mauvais se dessinant sur son visage.

C’est alors qu’un coup de feu retentit. Nora venait d’arriver. Bien que sa balle manquât sa cible, le tir détourna l’attention de l’assaillant et offrit à Charlotte l’opportunité de riposter. Elle saisit une lourde clé en métal et frappa de toutes ses forces. Le coup porta. L’homme poussa un cri de douleur avant de prendre la fuite dans les coursives.

Les jeunes femmes renoncèrent à poursuivre leur agresseur et se tournèrent vers la chaudière. Il n’était pas nécessaire d’être mécanicien pour comprendre la situation : la pression était à son maximum. L’aiguille d’un manomètre tremblait dangereusement dans la zone rouge. Après une première tentative maladroite pour faire baisser la pression, les investigatrices comprirent qu’il était déjà trop tard. Elles décidèrent alors de sauver leur vie.

Elles s’enfuirent de la salle des machines au moment même où la chaudière commençait à craquer de toutes parts. Les premiers rivets furent arrachés et projetés dans la pièce tandis qu’un rugissement de vapeur envahissait les entrailles du Princess of Olympus.

Naufrage


La suite ne fut plus que chaos. Le navire était de plus en plus violemment balloté par les flots et des trombes d’eau s’engouffraient désormais à bord. Outre l’arrêt des moteurs, il apparut bientôt que quelque chose clochait également dans le gouvernail.

Le bateau semblait tourner en rond. Il se mettait en travers, encaissait paquet d’eau après paquet d’eau et dérivait dangereusement. La gîte augmentait à chaque minute.

Très vite, la fuite vers les canots commença, sans véritable ordre malgré les tentatives désespérées des matelots pour maintenir un semblant de discipline parmi les passagers paniqués. Le ciel était si sombre que l’on aurait pu se croire en pleine nuit.

Frère Luke, Michèle et Morgan retardèrent le plus longtemps possible leur embarquement, espérant voir leurs amies remonter des profondeurs du navire. Emma arriva la première. Elle leur apprit que Charlotte et Nora tentaient de rejoindre leurs cabines afin de sauver leurs affaires : les inconscientes !

Les deux jeunes femmes ne durent leur survie qu’à une chance extraordinaire. Charlotte parvint malgré tout à sauver le petit coffret contenant les derniers échanges relatifs à son père ainsi que le précieux artefact dont elle avait hérité. Nora, de son côté, échappa de peu à la noyade alors que les coursives se remplissaient d’eau - mais elle réussit à préserver… ses précieux dollars.

Les investigateurs furent les derniers passagers à quitter le navire. Dans leur canot prirent également place un membre d’équipage, Allan Smalder et une jeune Française dynamique et courageuse aperçue parmi les passagers : Maryse Boucher.

À peine le canot mis à l’eau, celui-ci commença à prendre l’eau par un large trou. Écoper devint immédiatement vital, mais cela ne faisait que retarder l’inévitable. Il apparut rapidement que le canot avait été saboté. Si l’embarcation avait été mise à la mer plus tôt, elle aurait coulé presque aussitôt. Les rescapés ne devaient leur survie qu’à la décision d’avoir retardé leur départ. Mais alors… qu’était-il arrivé aux autres passagers ? Y aurait-il d’autres survivants ?

Le canot dérivait désormais sur une mer furieuse. Soudain, une explosion secoua le Princess of Olympus. Quelques instants plus tard, le navire commença à sombrer. L’étrave fut la dernière partie du bâtiment à disparaître sous les flots déchaînés.

De longues heures d’angoisse s’écoulèrent ensuite. Les naufragés écopaient sans relâche tandis que l’eau continuait de s’infiltrer dans le canot malgré les tentatives de colmatage menées par le matelot et Frère Luke. Puis soudain, Allan cria :

« Terre ! Terre en vue ! »

La nuit tombait presque, et la tempête trompait les sens. Dans un ultime coup du sort, le canot heurta violemment des récifs. Tous ses occupants furent projetés sur des rochers balayés par la mer déchaînée. Chacun lutta désespérément pour atteindre la grève. La chance voulut qu’ils y parviennent.

Épuisés, les survivants trouvèrent refuge dans une sorte de grotte creusée dans la falaise, contre laquelle le canot avait été drossé par la tempête. Il était impossible de quitter ce modeste abri tant que la mer restait démontée. Alors les rescapés se blottirent les uns contre les autres et attendirent l’aube, tentant d’oublier la terrible vérité : la majorité des passagers du Princess of Olympus avait probablement péri dans le naufrage.


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